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« Mettre des mots et valoriser l’enfant »

Spécialisée dans la prise en charge des blessés psychiques et du trauma de l'enfant, Hélène Romano a réalisé l'ouvrage "L'arbre et l'ombre de la lune" qui s'adresse aux enfants ayant perdu un de leur proche par suicide.

Hélène Romano, docteur en psychopathologie-HDR et psychothérapeute
Crédit photo : (C) C-MIRA

Un enfant découvre l’ombre de son père suspendue à la branche d’un arbre. Voilà un ouvrage qui aborde un sujet ô combien douloureux : le suicide d’un père découvert par son fils de 6 ans. Si la mort d’un parent est une très lourde épreuve pour celui qui devient orphelin, le suicide l’est encore davantage. Face au silence des adultes qui veulent le protéger, l’enfant s’interroge : pourquoi une grande personne se donne la mort alors qu’elle a des enfants qui ont besoin d’elle ? Si un parent se donne la mort, c’est peut-être parce que ses enfants ne sont pas assez gentils ? Peut-être parce qu’ils n’ont pas montré assez qu’ils l’aimaient ? A travers cet ouvrage, Hélène Romano raconte les différents sentiments (incompréhension, culpabilité, colère) auxquels est confronté l’enfant endeuillé. Un livre pédagogique qui comprend en outre une fiche à destination de la famille pour fournir aux proches des enfants orphelins des repères essentiels pour communiquer au mieux avec eux.

 

« Mettre des mots et valoriser l’enfant »

 

A qui s’adresse votre ouvrage ?

Aux enfants endeuillés et à leurs proches qui sont confrontés au suicide d’un parent. J’ai vu beaucoup de jeunes patients en consultation qui me demandaient pourquoi il n’y avait pas de livre parlant de cette problématique spécifique. Ecrit à partir de leurs propres mots, « L’arbre et l’ombre de la lune » répond à ce besoin pour ces enfants endeuillés qui font face à une double peine : celle d’avoir perdu un parent par suicide. A la douleur de la perte s’ajoute le tabou lié au suicide encore très présent dans notre société.  

 

Comment expliquer un tel tabou ?

Dans nos sociétés judéo chrétiennes, le suicide est culturellement tabou car selon cette culture personne ne peut décider quand il va mourir, et seul Dieu a un pouvoir de vie ou de mort. Il faut savoir par exemple que jusqu’au XVIIIe siècle, les proches de personnes qui mettaient fin à leurs jours étaient excommuniés par l’église, expropriés de leurs biens, et subissaient de fait une véritable exclusion sociale.  

 

Comment bien prendre en charge les enfants endeuillés ?

Il faut toujours partir de l’enfant en le valorisant lui et sa parole. Et reprendre ce qu’il a vu, ce qu’il a pensé du suicide de son parent et lui permettre, sans le contraindre, de nommer les choses en insistant sur le fait qu’il n’y a pas de honte à avoir. Mettre des mots sur le suicide d’un parent est essentiel afin que l’enfant ne développe pas de sentiment de culpabilité. Ne pas en parler, c’est risquer de générer chez lui des incompréhensions et de rajouter de la souffrance à sa peine déjà immense.