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Arrêts cardiaques : la France au point mort ?

L’Académie nationale de médecine a publié ce mois d’octobre un rapport choc. Et le mot n’est pas à prendre à la légère, puisque cette publication fait un constat alarmant : moins de 10 % des patients ayant subi un arrêt cardiaque extra-hospitalier survivent. Mais au-delà du simple constat, l’Académie propose une stratégie à mettre en place de toute urgence.

Crédit photo : Sylvain Ley / Secours Mag

Commençons par des chiffres : 40 000 arrêts cardiaques extra-hospitaliers en France chaque année, un taux de survie de moins de 10 % et moins de 30 % de la population formée aux gestes de secours. Un constat alarmant dans un pays comme la France où depuis plus de 10 ans, la loi impose à tous les collégiens d'avoir reçu une formation aux premiers secours. Or, en 2018, seuls 55 % d’entre eux sont formés. Le constat est sans appel pour l’Académie nationale de médecine : les arrêts cardiaques subits représentent une problématique de santé publique majeure et l’éducation de la population une solution qui n’est pas assez prise en considération dans l’Hexagone. Il est pourtant désormais indéniable scientifiquement que les premières minutes qui suivent un arrêt cardiaque sont primordiales et qu’entamer une prompte réanimation cardio-pulmonaire permet d’augmenter considérablement les chances de survie de la victime. Pour ce faire, il est nécessaire de pouvoir compter sur une population formée capable d’appliquer des gestes de secours et de disposer d’un maillage de défibrillateurs automatisés externes (DAE) efficace. Deux critères qui font cruellement défaut aujourd’hui en France.

Les arrêts cardiaques subits représentent une problématique de santé publique majeure.

La stratégie

L’Académie nationale de médecine, par le rapport* du 2 octobre,
propose une stratégie articulée autour de quatre points :

- former toute la population française aux gestes qui sauvent,

- mettre en place un guichet unique pour coordonner à l’échelon national la stratégie,

- lever les freins à la pratique du massage cardiaque externe et à l'emploi du défibrillateur automatisé externe par le grand public, en mettant en place une loi de protection des premiers intervenants,

- accélérer l'installation, la localisation et le contrôle des défibrillateurs automatisés externes.

Suite aux attentats de 2015, les "Samedi qui sauvent" ont attiré
un grand nombre de personnes
et ont permis de former aux gestes
de prompts secours. Mais l'engouement n'a eu qu'un temps.

La mise en place de cette stratégie demande bien entendu une organisation sans faille et des moyens financiers. Car pour former l’ensemble de la population aux gestes qui sauvent, l’Académie préconise notamment de faire débuter l’initiation dès l’école, de pérenniser cet apprentissage durant toute la vie, et de simplifier et d’améliorer la formation citoyenne aux premiers secours. « La formation doit être répétée au moins tous les 5 ans et rendue obligatoire à certains moments citoyens. Les formations actuelles peu lisibles, doivent être remplacées par un socle commun de sessions courtes. L'enseignement présentiel doit être complété par l'e-learning. Par ailleurs, il faut faciliter la formation des formateurs et des autres intervenants, et augmenter leur nombre. Des équivalences entre les différents diplômes de formateurs doivent être mises en place. L'implication d'autres intervenants (notamment enseignants et personnels de santé) pour l'initiation aux gestes qui sauvent, n'ayant pas le statut officiel de formateur, est indispensable », préconise le rapport. Ce dernier rappelle aussi l’importance de pouvoir localiser facilement les défibrillateurs, mais aussi les secouristes les plus proches de la victime « notamment via des applications sur smartphone, dont l'harmonisation est souhaitable ».

Le chantier est donc faramineux… Si ce rapport tire encore une fois la sonnette d’alarme qui rugit depuis plusieurs années par l’intermédiaire de nombreuses autres entités impliquées dans le secours et les soins d’urgence, souhaitons que le prestige de l’Académie nationale de médecine aura une incidence toute particulière auprès des décideurs.

 

Téléchargez le rapport ici.


 * Les auteurs du rapport : ALIOT Etienne, AMMIRATI Christine, CARLI Pierre, CASSAN Pascal, DESNOS Michel (rapporteur), JULIEN Henri, KOMAJDA Michel, LOISANCE Daniel,
MARIJON Eloi, PLOUIN Pierre-François.