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Attentats : faut-il créer des groupes d’extraction sapeurs-pompiers ?

Le constat est sans appel. La France entre dans un nouveau paradigme dans lequel le risque d’attentat est désormais prégnant. Si les autorités administratives ont réagi rapidement pour mettre en place de nouvelles doctrines opérationnelles (corridor d’extraction, damage control…), ne peut-on pas envisager d’aller plus loin ? La création de groupes d’extraction sapeurs-pompiers s’inscrit dans cette réflexion.

Crédit photo : Sylvain Ley / Secours Mag

Les attentats commis ces dernières années sur le territoire national, mais aussi chez nos voisins l’ont montré : les victimes peuvent être nombreuses et, dans les premiers instants, une certaine confusion peut naitre au sein des différents acteurs du secours appelés en masse pour intervenir. La présence de ces derniers au sein d’un environnement dangereux, notamment parce qu’ils risquent d’être confrontés à des tirs, a engagé les Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) à équiper leurs personnels de protections balistiques (gilets porte-plaque, casques lourds…) onéreux et difficiles à porter. Des exercices d’ampleur voient désormais le jour périodiquement, mais ils ne sont pas toujours faciles à organiser et on peut parfois remettre en cause leur adéquation avec une vraie situation d’attentat.

 

Une approche innovante

La réflexion est menée par le lieutenant Bertrand Mena (lire encadré). Officier sapeur-pompier professionnel au SDIS 91 (mais qui s’exprime à titre personnel), ce dernier propose la création de groupes d’extraction sapeurs-pompiers (GESP) spécialisés dans l’approche des victimes suite à un attentat. Leur objectif : réaliser des gestes de secourisme élémentaires en suivant, en léger différé, la colonne d’assaut, pour extraire immédiatement les blessés en créant des « nids d’extraction ». Ces nids, comprendre un premier triage des victimes, pourront ensuite être quantifiés et qualifiés par les sapeurs-pompiers et les autres acteurs du secours en zone sécurisée puis être évacués. Les membres du GESP seraient les seuls acteurs du secours à pouvoir pénétrer en zone rouge et à porter un équipement balistique.

 

Quelle organisation ?

Les GESP auraient vocation, toujours selon les réflexions de Bertrand Mena, à s’organiser sur un schéma régional ou départemental. « Les terroristes peuvent s’attaquer à l’ensemble du territoire mais Paris ne peut pas voler au secours de toute la France », fait remarquer ce dernier. L’initiative de la création des GESP doit donc être locale. Les groupes doivent être constitués sur la base d’un volontariat prononcé des sapeurs-pompiers qui souhaitent les rejoindre. « Contrairement aux militaires dont le statut général entraîne de fait qu’ils peuvent être amenés à poursuivre une mission jusqu’au bout de leur vie, les sapeurs-pompiers professionnels ou volontaires n’entrent pas dans ce cadre là. Leur devise est « Courage et dévouement », pas « Sauver ou périr ». Etre volontaire pour entrer dans ces groupes est donc primordial », explique Bertrand Mena. Pour fonctionner correctement, un département doit pouvoir compter sur quatre équipes de quatre personnes, permettant de disposer de deux équipes prêtes à intervenir dès la première heure et renforcées si nécessaire par deux autres équipes à H+1. Bien entendu, une étroite collaboration entre ces groupes et les forces de police – ou d’interventions spéciales – est une absolue nécessité. « Cette intimité totale se construira à travers l’organisation d’exercices fréquents ». Mais l’avantage de cette formule réside dans le fait que les acteurs concernés sont peu nombreux. L’organisation et le coût de ces exercices sont donc réduits.

Les membres des GESP doivent notamment devenir de fins connaisseurs des modes opératoires des forces de police et savoir appréhender des conditions d’exercice sous les détonations et les coups de feu. Bien entendu, ces équipes de « spécialistes du sauvetage en situation extraordinaire » ne se substituent pas à la nécessité de former l’ensemble des acteurs du secours aux gestes et techniques de damage control. Mais elles permettraient d’améliorer encore le système actuel, à l’image des secours dans les pays régulièrement touchés par des attentats (Israël notamment). L’idée mérite en tout cas d’être creusée.

           

 

Bertrand Mena

Le lieutenant Bertrand Mena est sapeur-pompier professionnel, officier superviseur au CODIS 91 et chef de groupe du secteur nord de l’Essonne. Ancien militaire, il a servi notamment à la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) et a été formé à l’Ecole militaire interarmes (Saint-Cyr Coëtquidan) ainsi qu’à l’Ecole nationale supérieure d'officiers de sapeurs-pompiers (ENSOSP). Depuis les attentats du 11 septembre 2001, il s’intéresse de près à la problématique des attentats et de l’intervention des secours en milieu urbain et périurbain. Il est notamment l’auteur d’un rapport sur le sujet.