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Chef d'équipe #53 : Gérer le turn-over des bénévoles au sein des AASC

Situation de plus en plus récurrente au sein des Associations agréées de sécurité civile (AASC), les départs spontanés des bénévoles intervenant de plus en plus tôt, et souvent peu de temps après avoir été formés, constituent un vrai problème au sein des structures dont plus de 90 % des effectifs reposent sur du bénévolat pur.

Pour que le bénévole ait envie de s'investir, il doit se sentir utile dans la voie secouriste pure mais aussi dans la logistique, l'accueil, le soutien...
Crédit photo : Nicolas Lefebvre

Texte par Pierre Ducros

 

Le turn-over est une réalité frustrante et décourageante pour les dirigeants des AASC, et épuise aussi les acteurs encadrants, équipiers et formateurs qui sans cesse doivent chercher de nouveaux bénévoles, les former et les fidéliser. Cette situation complexe s’explique par plusieurs raisons extrinsèques relevant d’une conjoncture sociétale faisant du bénévole lambda un consommateur allant faire du secourisme comme il irait jouer au football les fins de semaines. Fort heureusement, beaucoup de secouristes bénévoles des AASC œuvrent avec conviction et par passion, mais ils sont de plus en plus rares. Dans un contexte aussi contraint, comment contrecarrer le phénomène de turn-over ?

 

Communiquer

Pour dynamiser son association, la communication joue un rôle essentiel. Savoir parler de soi, de ce que l’on fait, de ce que l’on propose et de ce qu’on apporte aux autres en s’engageant : voilà autant d’axes autours desquels on peut fonder une communication aussi efficace qu’utile afin que quiconque ait envie de rejoindre l’association. Au sein d’une AASC, le recrutement constitue le nerf de la guerre et, sans communication, il ne peut y avoir de recrutement large et ouvert. C’est précisément tout ce que l’association représente et son rayonnement qui feront germer dans les esprits le sentiment d’appartenance à une équipe reconnue et digne de confiance. Et c’est ce qui atténuera, du même coup, l’envie de la quitter au premier découragement ou autre turpitude.

Communiquer, c’est aussi expliquer et rassurer toute personne qui aspire à devenir secouriste. C’est souvent par méconnaissance des activités de l’association agréée que nombre de personnes hésitent ou renoncent à s’engager. Mais c’est une fois recruté qu’il faut encourager le bénévole à rester et à s’investir. La communication interne est ainsi indispensable à la fidélisation du bénévole et peut se faire par des moyens classiques : réunions, base informatique interne, SMS, réseaux sociaux internes... Chacun doit se sentir concerné et informé fréquemment de la vie de l’association, de telle sorte qu’il se sente un des rouages de celle-ci.

 

Diversifier les activités

Pour que le bénévole ait envie de s’investir et de pérenniser son engagement, il faut lui ouvrir des possibilités aussi diverses que variées lui permettant de se sentir utile, tant dans la voie secouriste pure et classique (DPS, réseaux de secours, participations aux plans de secours...) que dans la logistique, l’accueil et le soutien socio-psychologique, l’hébergement d’urgence, les missions d’aide aux sinistrés ou encore l’urgence sociale. En somme, il faut donner de la souplesse dans l’emploi des bénévoles de sécurité civile en leur proposant un panel d’activités souvent interdépendantes et complémentaires les unes par rapport aux autres, et ainsi permettre à quiconque de trouver sa place au sein de la structure et de s’y épanouir à sa guise. Le dynamisme que l’association et ses membres montrent dans des missions aussi riches que nombreuses sont autant d’enthousiasme suscité auprès des bénévoles qui de facto auront envie de s’y investir et d’y rester.  

 

Fidéliser

Le meilleur moyen de lutter contre le turn-over est assurément de fidéliser les bénévoles. Ce qui prime, c’est le lien étroit voire amical, s’établissant entre les bénévoles d’une part, et les dirigeants de l’association d’autre part. Il ne peut y avoir de fidélisation des membres sans une cohésion forte et pérenne. Manœuvrer, se recycler, se former, agir dans l’urgence sur les DPS ou lors d’une catastrophe ; mais aussi en dehors des activités opérationnelles (faire du sport ensemble, passer du temps autour d’un café...) sont autant de moments utiles qu’il ne faut surtout pas négliger. Ils vont permettre de tisser des liens indéfectibles entre les bénévoles, et d’affirmer leur sentiment d’appartenance à la structure dont ils vont s’approprier les codes. Devenu un élément statutaire et fonctionnel de l’équipe, le bénévole se sent ainsi utile, et s’identifie à ses valeurs.

 

Récompenser

Conformément à ce qui est étudié dans la pyramide de Maslow, chacun dans sa vie sociale professionnelle ou privée a un besoin légitime et nécessaire de reconnaissance. Nonobstant le prestige social dont les secouristes ont toujours bénéficié, ce qui est valable dans les autres activités humaines se vérifie aussi chez les bénévoles de sécurité civile. Cet impérieux besoin d’être reconnu est un élément de la fidélisation qu’il ne faut pas négliger. L’engagement et l’admirable dévouement dont font preuve les bénévoles doivent être récompensés à leur juste valeur par les responsables associatifs. Comment ? Par des évènements extérieurs (repas conviviaux, fêtes...) qui vont permettre à chacun de décompresser et de se voir dans un autre contexte que le temps opérationnel des DPS ou d’autres activités en uniforme. Les distinctions honorifiques, sollicitées par exemple auprès du préfet de département, peuvent aussi constituer une alternative pour lutter contre le turn-over qui essouffle peu à peu les responsables et bénévoles toujours en quête de nouvelles recrues investies durablement pour venir en aide aux autres. 

Au final, le turn-over reste une préoccupation majeure au sein des AASC. Fidéliser les bénévoles par toute initiative novatrice semble la seule solution à ce problème plus sociétal qu’humain. Faire en sorte que le nouveau bénévole se sente bien, l’écouter, le former et le récompenser lorsqu’il le faut, peut souvent faire en sorte qu’il ait envie de rester et de continuer à s’investir pour une cause juste, et au travers de laquelle il se construit.

 

Pierre Ducros

Chef de colonne au centre de secours principal de Mauriac (15), le capitaine Pierre Ducros est aussi formateur de formateurs. Président de la Protection civile de Mauriac, il assure la vice-présidence de la Protection civile du Cantal. Diplômé d’état-major, il est officier de réserve de l’armée de terre et est aussi auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN).