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Débat #45 - Sports extrêmes, conduites à risques : quelle implication pour les secours ?

De tous temps, la montagne a été source d’accidents. Devenu prérogative de l’Etat en 1958, le secours en montagne s’est organisé autour d’unités spécialisées. Depuis, la pratique de la montagne s’est largement démocratisée et ses pratiquants sont toujours plus nombreux. En parallèle des activités traditionnelles telles que le ski, la randonnée ou l’alpinisme, de nouveaux sports à risques ont émergé ces dernières années comme le speed riding ou le wingsuit. Dans un tel contexte, les services de secours sont de plus en plus sollicités avec parfois des abus d’usagers sollicitant les services pour du « secours de confort ». Comment les intervenants font-ils face ? Comment choisir d’intervenir ou non ? Les secours devraient-ils être payants dans certains cas ? Autant de questions qui agitent le monde de la montagne. Et bien au-delà…


Jean-Baptiste Estachy

Jean-Baptiste Estachy, conseiller technique
montagne du directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN)

Une prise de décision collective

 

Parapente, speed riding, wingsuit : qu’importe la nature de l’activité sportive. Le secours en montagne s’applique indifféremment des sports extrêmes pratiqués et les secours n’ont pas de jugement moral à porter sur les risques encourus. Pour autant, les PGHM ont déjà été confrontés à des abus. A Chamonix, un alpiniste a ainsi été condamné en 2015 pour « fausse divulgation de renseignements afin d’engager des secours ». Le requérant qui effectuait une ascension à plus de 4 000 mètres d’altitude avait affirmé lors de son appel être victime de gelures. Ce critère avait conduit à la prise de décision d’intervention. Le PGHM était intervenu de nuit par hélicoptère dans un secteur géographique complexe où la réalisation d’un secours hélitreuillé n’est jamais anodine. Par la suite, le médecin avait constaté l’absence de gelures, ce qui avait motivé les poursuites. Pour le secours en montagne, nous ne pouvons pas nous contenter de critères d’engagement ou de non engagement définis à l’avance. Nous préférons travailler avec des critères de vigilance qui vont nous pousser à approfondir l’étude de chaque situation selon les informations recueillies et un faisceau de réflexions menées par tous les acteurs concernés : médecin, secouristes, pilote, commandant d’unité. Dans certaines situations, il peut être fait le choix de ne pas intervenir. Cette décision est bien sûr toujours très difficile à prendre quoi qu’il en soit.

 

Jean-Louis Verdier

Jean-Louis Verdier, maire adjoint de
Chamonix (74), chargé de la montagne et
du territoire

Prévenir et agir sans interdire

Chamonix est un laboratoire des sports à risques entre ski hors piste, parapente, ou wingsuit qui fait partie des nouvelles activités. Suite à l’accident mortel d’un wingsuiter en 2016, la mairie a décidé de fermer des sites. Nous voulions suspendre la pratique de cette activité afin de définir ses modalités de régulation, mais il n’a jamais été question de l’interdire. Il faut établir des règles de bonnes pratiques en proposant par exemple des points de départs adéquats aux wingsuiters. L’objectif est que tous les pratiquants de la montagne puissent cohabiter avec le maximum de sécurité. Nous savons que la montagne est un milieu qui comporte des dangers, et malgré les risques inhérents, je crois plus en la prévention qu’à la sanction qui consisterait à faire payer les personnes secourues. Il est vrai que les secours interviennent parfois sur des interventions « de confort » ; mais remettre en cause le modèle français du secours en montagne, reposant sur la gratuité, pour quelques abus qui restent rares, serait une erreur. Si demain le secours en montagne devait être privatisé, le principe d’équité ne serait plus respecté, car les sociétés de secours privilégieraient les zones à fortes activités. Nous, gens de montagne, avons intégré la culture du risque. Et nous savons qu’il vaut toujours mieux aller chercher quelqu’un pour rien, ou pour un secours de confort, que de redescendre un mort.

 

Vos témoignages

Les commentaires publiés ici n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent d’aucune manière la position de leur structure d’emploi.

 

Vincent Jactel, équipier secouriste et formateur PSC1

On soigne les personnes atteintes de maladies liées au tabac, à l’alcool... On a toujours secouru les accidentés de la route sans se soucier des imprudences. On doit donc secourir les accidentés de sports extrêmes. La seule limite est que les secouristes ne doivent pas se mettre en danger de manière déraisonnable.

 

Dr Lucien Cadoz, médecin référent et vice-président de l’Association nationale des pisteurs secouristes (ANPSP)

Ces secours difficiles sont souvent menés ou coordonnés par les services publics. Malgré des effectifs limités, ils ne s’interrogent pas sur la compétence des éternels et nécessaires pratiquants extrêmes. Les installations d’altitude payantes incitent à l’inédit et paradoxalement, les stations qui en bénéficient ont tendance à diminuer les moyens qu’elles accordent aux secours. Ne préconisent-elles pas l’assistance aux blessés des jambes par un seul secouriste ?

Dr Pierre Belleudy, médecin de la Fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME)

En France, les secours sont gratuits en toutes circonstances. C’est une mesure d’égalité régalienne à l’égard de tout citoyen raisonnable ou imprudent. Les téléphones portables, accusés de favoriser des secours de confort, permettent surtout une meilleure
localisation et une plus rapide intervention sur de réelles détresses.

 

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