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Débat #46 : secours d’urgence aux personnes, les ambulanciers mieux intégrés ?

Les ambulanciers auraient-ils vocation à s’investir plus dans le secours d’urgence à personne (SUAP) afin de soulager les sapeurs-pompiers ? La doctrine française des services publics en matière d’organisation quotidienne du secours à personne et de l’aide médicale urgente repose sur le référentiel commun du 25 juin 2008. Pour les soldats du feu, le SUAP est, depuis plusieurs années, la principale activité. Mais dans un contexte de restrictions budgétaires, ajouté à un accroissement du nombre d’interventions et des difficultés de recrutement de volontaires, des évolutions semblent aujourd’hui nécessaires pour assurer la pérennité du système. Comment parvenir à une meilleure reconnaissance de l’ensemble des acteurs du secours et des soins d’urgence ? Et quelles solutions pourraient permettre de mieux répartir la prise en charge pré-hospitalière afin que chacun s’y retrouve ?

Crédit photo : DR

Sylvie Morel

Sylvie Morel

ex ambulancière, sociologue, auteur d’une thèse intitulée

« De transporteurs à soigneurs ? Vers une segmentation du travail des ambulanciers français »

De nombreux obstacles

Dans certains pays européens, les pompiers font de l’incendie ou de la désincarcération, mais pas du secours à personne qui revient aux ambulanciers paramedics. Sur un accident de la voie publique, ces deux professions concourent à prendre en charge la victime : aux pompiers la technique et le feu ; aux ambulanciers, les soins. Une reconfiguration du champ de l’urgence pré-hospitalière serait très complexe à mettre en place en France. La Fédération nationale des sapeurs-pompiers (FNSPF) tire sa légitimité sociale et politique du secours à personne et n’entend aucunement lâcher ce territoire de compétences, bien au contraire. Il faudrait aussi que le ministère de la Santé ait une politique de formation claire concernant le rôle et la place tenus par les ambulanciers dans l’urgence. Mais des questions restent en suspens : les ambulanciers compétents en matière d’urgence seront-ils assez nombreux pour assurer les activités préhospitalières des pompiers ? Et comment enrayer le désengagement des pompiers volontaires qui font plus d’interventions et à qui on demande toujours plus en terme de formation et de savoir-faire ? Il faudrait peut-être que les volontaires aient une formation séquencée à la désincarcération, à l’incendie ou au secours à personnes… Le problème c’est que le secours à victime ne plait pas à tous, et le risque serait que certains territoires soient en sous-effectifs sur cette activité. 

fabien matras

Fabien Matras

député LREM de la 8e
circonscription du Var et ancien sapeur-pompier

L’urgence est l’affaire des pompiers

Le secours d’urgence aux personnes revient aux pompiers. Ce sont eux qui disposent des moyens nécessaires en terme d’investissement, de formation et de matériels pour mener à bien les missions d’urgence qui requièrent un savoir-faire spécialisé. On n’imagine pas par exemple des ambulanciers effectuant des missions de secours routiers. Alors qu’à l’inverse, il y a des sociétés d’ambulances qui ne souhaitent pas faire de l’urgence. L’un des problèmes aujourd’hui c’est que les pompiers sont de plus en plus sollicités pour effectuer des carences refusées par des ambulanciers privés. Or, ils n’ont pas vocation à faire du transport hospitalier. Un travail interministériel entre le ministère de la Santé et l’Intérieur est actuellement mené pour faire baisser le nombre de carences. Une des solutions serait d’aligner les tarifs de remboursement car actuellement le 15 a tout intérêt à solliciter les pompiers dont le montant de remboursement est bien moindre que celui des ambulanciers privés. On pourrait imaginer qu’à l’avenir, les pompiers, avec l’accord du 15, puissent refuser des interventions si celles-ci n’ont pas de caractère d’urgence. Face au nombre grandissant d’appels pour des relevages, les soldats du feu réfléchissent à faire évoluer leur réponse. Il faudrait par exemple qu’ils puissent intervenir par équipe de deux pour ce type de missions. Reste à adapter la réglementation en ce sens.

 

Vos témoignages

Les commentaires publiés ici n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent d’aucune manière la position de leur structure d’emploi.

Bernard Laygues, ancien pompier volontaire pendant 30 ans

L’urgence vitale doit rester la prérogative des sapeurs-pompiers professionnels ou volontaires. Si l’on veut que le système soit pérenne, il faut que la nation accepte de faire des efforts pour favoriser le recrutement de pompiers volontaires. Cela passe notamment par une meilleure reconnaissance financière.

Seb Lan, ambulancier DEA

C’est déjà ce que nous faisons, nous ambulanciers de garde préfectorale. En tant que dépositaires de la formation du DEA et de l’AFGSU 2 à renouveler tous les quatre ans, nous sommes bien placés pour faire de l’urgence. Il est vrai que des ambulanciers qui ne font que du sanitaire risquent de perdre le savoir-faire faute de pratique, mais dans les grandes villes on enchaine les interventions et on apprend beaucoup avec le SAMU.

Anthony Xavier

Il y a une main mise de certains services sur le secours d’urgence aux personnes… Les ambulanciers sont aussi compétents que certaines autres corporations. L’un des problèmes, c’est qu’ils ne sont pas reconnus au niveau national.

 

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