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Débat #48 : Fin du numérus clausus, vers une meilleure régulation de l’urgence ?

Instauré en France en 1971, le numerus clausus permet de fixer le nombre d’étudiants pouvant être admis en deuxième année de médecine notamment. Lors de sa mise en place, cette mesure visait à sélectionner et limiter les effectifs médicaux. Alors qu’en 1971, le numerus clausus est fixé à 8 588 étudiants, il est de 3 500 en 1994. Une réduction drastique qui fait craindre au début des années 2000 une pénurie, et amène un relèvement de la sélection à 7 000 professionnels formés en 2006 et 8 205 places en 2018. Dans le cadre de la réforme du système de santé, le gouvernement a prévu une refonte d’un dispositif décrié et générateur, selon Agnès Buzyn, ministre de la Santé, d’un « gâchis humain ». Reste à savoir si cette réforme, qui doit être initiée en 2020, permettra une meilleure régulation de l’urgence dans un contexte où tous les professionnels font état d’un système à bout de souffle. Comment en est-on arrivé là ? Le problème est-il seulement lié au manque de ressources humaines ? Ne faut-il pas revoir l’organisation de notre système de santé ? Et quelles sont les solutions curatives ?

Crédit photo : DR

Propos recueillis par Yann Bellon

 

Médecin général Henri Julien

“ Pas seulement un problème de ressources humaines ”

Est ce qu’augmenter le nombre de médecins, avec la fin du numérus clausus, va permettre d’améliorer l’organisation des urgences et l’offre de soins ? Je ne le crois pas. Le problème ne peut se résumer à une simple question de ressources humaines. Il est plus complexe et multifactoriel. Il faut d’abord prendre en considération l’évolution des mentalités et des modes d’exercice. Hommes ou femmes, les médecins veulent combiner vie personnelle et professionnelle, et travailler en équipe. De fait, beaucoup ne souhaitent pas exercer dans des déserts médicaux où ils craignent de se trouver en situation d’isolement. Il faut donc réorganiser l’offre de soins libérale. Les maisons de santé pluri-professionnelles qui regroupent des médecins généralistes, des infirmiers ou encore des kinésithérapeutes sont une solution attractive, car elles offrent la possibilité aux professionnels de santé de travailler ensemble dans des conditions de sécurité, d’ergonomie et de confort optimales. Aujourd’hui, notre système « hospitalo centré » est victime de son succès. Résultat : les urgences sont confrontées à un afflux important de patients avec un risque d’engorgement d’autant plus problématique que les médecins généralistes n’ont plus l’obligation d’y assurer des gardes. De surcroit, la création du diplôme de médecine d’urgence a eu aussi son revers puisqu’elle exclut de fait les médecins non urgentistes. Enfin, la mesure qui tend à mettre fin au numérus clausus ne sera effective que dans une quinzaine d’années, aux alentours de 2035. D’ici là, il faudra certainement combler le manque de ressources. Reste à savoir comment. Quels acteurs verront leurs prérogatives évoluer ? Et pourra t-on par la suite revenir en arrière ?

© Nicolas Lefebvre

Médecin général Henri Julien, président de la Société française de médecine de catastrophe (SFMC)

 

 

Dr François Braun

“ Agir sur la pénibilité ”

Y aura-t-il, avec la réforme du numérus clausus, plus de médecins qui choisiront de s’engager dans les services d’urgence ? Difficile à dire en l’état actuel des choses. Le diplôme d’études spécialisées (DES) de médecine d’urgence n’a que deux ans d’existence effective. Alors qu’en 2017, les 470 postes au niveau national ont tous été pourvus, ce ne fut pas le cas en 2018 avec une dizaine de postes restés vacants. On ne peut néanmoins pas tirer d’enseignements de ces dernières données au vu du peu de recul dont nous disposons. Augmenter les effectifs de l’offre de soins est une nécessité, mais ce n’est pas non plus la panacée ! Il y a aujourd’hui des services d’urgence qui sont en sous-effectif chronique, avec bien sûr un besoin de renouvellement, mais pas seulement. En effet, de nombreux médecins urgentistes quittent les services en cours de carrière parce qu’ils n’en peuvent plus ! Il faut donc s’atteler en priorité aux problématiques de pénibilité liées à l’activité des urgentistes. Une enquête de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) a montré que 4 patients sur 10 passent aux urgences alors qu’ils pourraient être pris en charge en amont par la médecine de ville dans le cadre de la permanence de soins. Il y a aussi des patients qui passent aux urgences, alors que leur hospitalisation est programmée. C’est pourquoi il faut une meilleure communication et coordination entre la médecine de ville et l’hôpital. La réorganisation du système de santé - avec notamment le plan santé 2022 qui semble aller dans le bon sens - est d’autant plus essentielle que nos hôpitaux sont saturés, avec pas moins de 21 millions de passages enregistrés en 2016, soit une augmentation de 3,5 % par rapport à 2015.

© DR

Dr François Braun, chef des urgences de l’hôpital de Metz (57) et président de Samu-Urgences de France

 

 

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