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Débat #50 : Street medics, une organisation en question

Apparu en France en octobre 2018, le mouvement des gilets jaunes a vu se greffer en son sein des Street medics : des hommes et des femmes qui, intégrés au cœur même des manifestations, interviennent de façon totalement autonome et rapide pour porter spontanément secours aux participants blessés par les forces de l’ordre. Des actions altruistes et solidaires qui suscitent néanmoins des interrogations. Qui sont les Street medics ? Quelles sont leurs qualifications et leurs compétences ? Quels sont les moyens dont ils disposent ? Et quelles seraient leurs responsabilités si une personne prise en charge venait à engager des poursuites ? Ne faudrait-il pas encadrer et structurer ces « secouristes de rue » ? Et, dans ce cas, quelle organisation serait la plus optimale ? Autant de questions que Secours Mag tente d’éclaircir…


Propos recueillis par Yann Bellon

 

Sébastien Dagnicourt

“ Premier maillon de la chaine des secours ”

Les Street medics regroupent des profils variés entre ambulanciers, infirmiers, sapeurs-pompiers, formateurs de secourisme… Pour ma part, j’ai passé le PSC1 pour devenir Street medic, et être capable d’effectuer une réanimation cardio-pulmonaire, ou de prendre en charge une hémorragie par exemple. L’autonomie des Street medics nous permet d’intervenir au plus vite auprès des blessés (manifestants ou forces de l’ordre). Face à l’absence de secours institutionnels dans les manifestations, nous sommes les premiers maillons de la chaine des secours. Nous réalisons les premiers soins, et en cas de besoin, alertons les services de secours et faisons le lien avec eux. Nous avons aussi été sensibilisés à des techniques spécifiques pour évoluer dans le contexte particulier des manifestations. Nous progressons par petits groupes de 3 ou 4 intervenants. En cas d’intervention, un Street medic réalise les premiers gestes, un second l’assiste, tandis que les deux autres sécurisent le périmètre. En dehors des interventions, il faut veiller à ne pas se trouver au milieu de la foule pour ne pas être victime d’un mouvement de flux. En cas de charge des forces de l’ordre, mieux vaut être positionné sur les côtés, le long des murs, pour ne pas risquer d’être pris dans la mêlée. De même, on évolue de préférence en file indienne pour faciliter les déplacements et si possible en tête de cortège afin de garder une vue d’ensemble et anticiper au mieux les interventions.

© DR

Sébastien Dagnicourt, Street medic dans les Alpes-Maritimes (06)

 

Dr Olivier Lamour

“ Un flou total ”

Les actions des Street medics reposent à la base sur un principe de solidarité tout à fait louable. Et ces « secouristes de rue » ont à l’évidence une connaissance très fine des manifestations et de leurs participants qui leur permet d’intervenir au plus vite en cas de nécessité. Pour autant, les interventions des Street medics génèrent de nombreuses interrogations. Où commencent et se terminent leurs activités de secours ? Qui valide leurs interventions ? Quels sont leurs qualifications et leurs équipements ? Et que se passerait-il en cas de perte de chance lors d’une prise en charge d’une victime ? Quelles seraient les responsabilités engagées ? Il y a chez les Street medics des profils très disparates : certains disent avoir le PSC1, d’autres se présentent comme infirmiers, ambulanciers… Mais il n’y a aucune traçabilité en la matière puisqu’ils n’ont pas à ce jour, à justifier leurs qualifications. Sans compter que chaque métier du secours ou de l’urgence recouvre des réalités très différentes. Pourquoi ne pas imaginer à l’avenir que les Street medics puissent justifier d’une qualification homogène a minima après avoir suivi un module spécial de formation ? Les associations de secourisme pourraient jouer un rôle dans ce domaine, ce qui permettrait d’organiser une réponse plus cadrée et rigoureuse. Une rigueur d’autant plus essentielle lorsqu’on se porte au secours d’autrui.

© DR

Dr Olivier Lamour, médecin national opérationnel, conseiller spécial du directeur central des CRS

 

Vos témoignages

Les commentaires publiés ici n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent d’aucune manière la position de leur structure d’emploi.

 

Christian Darantière

Les Street medics sont une appellation récente d’un concept ancien : les secours dans la manif. En 1983, les « secouristes étudiants » étaient tous secouristes actifs en association, c’est la différence avec des Street medics de niveaux très variables.

 

Félicien Mezeray

Aucune organisation, aucune règle ! J’en ai entendus dire : « j’étais secouriste autrefois. Je me suis dit pourquoi pas moi ? » Et j’en ai vus arborer des insignes paramedic, d’autres porter des tenues des ambulances St John’s de Londres, alors que, après recherches, ce sont de simples secouristes bien français… Le secours à personne ne s’improvise pas, c’est un métier, pas un passe-temps !

 

Sylvain Clerc

Bénévole actif depuis plus de huit ans et acteur dans plusieurs DPS, j’applique la démarche du PAS : protection – alerte – secours. En aucun cas, le secouriste ne doit s’exposer au danger. C’est pourtant ce que ces « Street medics » se targuent de faire, et ce sans assurance, sans organisation, à leurs risques et périls. Et que dire par ailleurs de leur formation…

 

Le débat du N°51 portera sur : Service national universel : un outil au service du secours ?

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