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Débat #51 : Service national universel, un outil au service du secours ?

Initié à la mi-juin, le Service national universel (SNU) doit être généralisé en 2021. Pour l’heure, 2 000 volontaires âgés de 15 à 16 ans ont été sélectionnés au sein de 13 départements pilotes. A terme, le SNU prendra la forme d’un service civique d’un mois obligatoire entre 16 et 18 ans, dans la continuité du parcours citoyen, suivi d’un engagement plus long sur la base du volontariat entre 16 et 25 ans. Le Service national universel vise ainsi à susciter une culture de l’engagement et prendre conscience des grands enjeux sociaux et sociétaux. Il semble aussi être un bon outil pour faciliter l’apprentissage des premiers secours. Mais qu’en est-il réellement dans les faits ? Que prévoit le SNU en matière de secourisme ? Quels enseignements seront dispensés ? Et, au final, le SNU permettra-t-il de faire avancer la cause des premiers secours ?


Propos recueillis par Yann Bellon

 

Joël Prieur

“ Une bonne opération mais… ”

© DR

Joël Prieur, président de la commission permanente SNU et secourisme grand public au Conseil national de la protection civile (CNPC)

Le Conseil national de la protection civile (CNPC) a été associé dès le départ au Service national universel. Les associations agréées de sécurité civile (AASC) adhérentes ont répondu positivement en espérant que cette opération serait l’occasion de former tous les jeunes au PSC1. Nos espoirs ont été déçus puisque pour la phase 1 (en internat), le programme en sécurité civile se limite au module de 2 heures des « Gestes qui sauvent ». Les AASC avaient aussi espéré que le SNU soit l’occasion d’instaurer une formation PSC2 consacrée à la résilience qui engerberait un ensemble de savoir-faire basiques destinés à faire face à des situations de catastrophes en attendant l’arrivée des secours. Au final, priorité a été donnée à la sécurité routière, mais rien n’est prévu en matière de prévention des accidents domestiques, lesquels font pourtant plus de 20 000 morts chaque année. Nos associations ont signé le 4 juin dernier une convention de partenariat avec l’Etat, et elles seront certainement sollicitées pour accueillir une partie des 2 000 volontaires issus des 13 centres SNU expérimentaux. Il nous faudra répondre à cet appel, mais comment ? Le niveau en secourisme est très insuffisant pour faire participer les jeunes appelés aux postes de secours, et les besoins en « logisticiens », définis règlementairement, sont très limités. Seules les AASC ayant développé des activités sociales ou de solidarité pourraient trouver un cadre d’emploi aux jeunes du SNU en 2e phase (correspondant aux 84 heures dévolues à une action d’intérêt général) mais le voudront-elles ? N’oublions pas en effet que les jeunes concernés auront moins de 18 ans. Or, nos associations connaissent les contraintes réglementaires lorsqu’il s’agit d’encadrer des mineurs sur le terrain. L’ultime phase du SNU (l’engagement comme volontaire ou bénévole) soulève aussi des interrogations. Les 15 jours de séjour de cohésion et les 84 heures de mission d’intérêt général seront-ils suffisants pour susciter des vocations à plus long terme ? La question est légitime lorsqu’on sait qu’à la sortie du SNU, ces jeunes seront préoccupés par les examens de fin de cycle, ou tout autre examen, comme le permis de conduire.

 

Christophe Blanchet

“ Un pilier et soutien à la cause du secourisme ”

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Christophe Blanchet, député de la 4e circonscription du Calvados et membre de la mission d’information sur le SNU

Le Service national universel s’inscrit dans la volonté du président de la République de former 80 % de la population au secourisme. C’est l’un de ses objectifs : former les jeunes aux premiers secours. Mais ce n’est pas le seul ! Le SNU répond à plusieurs desseins : susciter l’engagement et le goût de l’effort chez les jeunes, mais aussi contribuer à renforcer la cohésion nationale autour des valeurs républicaines. Pendant la première phase de 15 jours, le programme est intense avec des journées qui débutent à 6 heures et se terminent à 23 heures, avec de nombreux exercices pratiques. A l’issue des 15 premiers jours, chaque participant sait comment réagir face à une situation d’urgence et est à même de porter secours, que ce soit par exemple en cas d’accident routier ou d’accident domestique, mais aussi en cas de catastrophe naturelle ou industrielle. Les jeunes savent aussi comment se comporter dans un contexte de terrorisme. Certains sont déçus parce qu’ils auraient souhaité que le SNU consacre plus de moyens et de temps à la cause du secourisme ; mais je peux vous dire, après avoir participé à la phase de préfiguration avec les jeunes, que l’opération a été très bien accueillie par tous les volontaires. Aujourd’hui, ces derniers savent réaliser de manière réflexe les gestes de premiers secours lors d’un infarctus par exemple. En matière de sécurité routière, ils ont été sensibilisés à différentes problématiques : vitesse, alcool, distance de freinage, etc. Ils ont pu assister à un crash test et analyser en conditions réelles, à partir d’un véhicule accidenté, les différentes actions à réaliser en matière de protection et de sécurité. Il est trop tôt pour juger le SNU et émettre des avis définitifs, d’autant qu’il s’agit pour l’heure d’un projet pilote. De fait, le programme pourrait encore évoluer à l’avenir en fonction des différentes remontées terrain des 13 centres qui disposent chacun de leur propre cursus pédagogique et pratique. Le SNU sera pleinement opérationnel d’ici 2023. A cette date, 700 000 jeunes environ en bénéficieront chaque année. Et d’ici 10 ans, on pourra réaliser un premier retour d’expérience afin d’analyser les retombées du SNU sur l’ensemble de la société.

 

Le débat du N°52 portera sur : la contribution sauvetage-plaisance est-elle vraiment une bonne idée pour pérenniser le sauvetage en mer ?

 

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