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Débat #52 : Contribution plaisance-sauvetage, la solution pour que le secours en mer reste à flot ?

Le 7 juin dernier, trois sauveteurs de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM) ont perdu la vie lors d’une intervention au large des Sables- d’Olonne (85). Cet accident a rappelé l’immense service rendu par les membres de la SNSM et de tous les gens de mer qui s’engagent au quotidien dans le sauvetage, parfois au péril de leur vie. Et à l’heure où la SNSM est en pleine évolution, avec notamment le renouvellement de sa flotte, se pose à nouveau la question de son financement et de nouvelles sources de revenus visant à assurer la pérennité de son modèle. Une contribution plaisance-sauvetage financée par les plaisanciers pourrait voir le jour suite à la proposition de loi déposée le 19 juin dernier par le député Sébastien Jumel. Quelles seront les modalités de mise en œuvre de cette contribution ? Et constitue-t-elle la meilleure piste pour que le sauvetage en mer reste à flot ?


Propos recueillis par Yann Bellon

 

Xavier de la Gorce

“ Que l'Etat prenne ses responsabilités ”

© Emmanuel Pain

Xavier de la Gorce, président de la SNSM

Le drame survenu le 7 juin a rappelé au public une réalité : les forces de la SNSM sont constituées de bénévoles qui risquent leur vie pour porter secours. Et il faut voir dans quel contexte ! Par exemple, les stations qui se dotent de nouvelles embarcations, dont le montant à l’unité s’élève à plusieurs centaines de milliers d’euros, doivent aujourd’hui acquitter 25 % de la facture. Imagine-t-on demander à un sapeur-pompier de payer un quart de son nouveau véhicule de secours ? C’est pourtant ce qu’on impose aux bénévoles de la SNSM ! Notre association souffre aussi d’un manque de solidarité. Les professionnels de la mer savent bien que les valeurs de solidarité sont essentielles. En revanche, alors que l’on estime à environ un million le nombre de plaisanciers, seulement 50 000 d’entre eux apportent une contribution à la SNSM, alors même que 80 % des interventions sont effectuées à leur profit. Instaurer une taxe selon le principe du bénéficiaire / payeur ne serait donc pas un scandale. Mais si chacun faisait un don de seulement 30 euros défiscalisés, soit un coût réel de 10 euros, la pérennité de notre modèle serait assurée. Nous pourrions renouveler la flotte (pour un investissement annuel compris entre 6 et 12 millions d’euros), assurer la formation de nos membres (pour un coût annuel de 2 à 4 millions d’euros), et mettre en place des démarches actives pour renouveler et fidéliser nos effectifs. Il faut engager une réflexion d’ensemble sur le sauvetage en mer qui, rappelons-le, relève des pouvoirs publics. Il est temps que l’Etat prenne ses responsabilités. Nous attendons des réponses lors du comité interministériel de la mer qui se tiendra en novembre. Il n’est plus temps de tergiverser !

 

Jean Kiffer

“ Un système obligatoire juste ou injuste ? ”

© DR

Jean Kiffer, président national de la Fédération nationale de la plaisance et des pêches en mer (FNPP)

Le système de contribution au sauvetage en mer via les dons a montré ses limites. Pour autant au sein de la FNPP, nous pensons qu’il faut mettre en place un système incitatif plus efficient. Il faut aussi renforcer la prévention. Notre fédération accomplit déjà un très gros travail en ce sens avec l’élaboration et la diffusion à près de 2 millions d’exemplaires d’un guide de bonnes pratiques abordant les règles de sécurité. Le monde de la plaisance recouvre des profils très disparates, et certains embarquent à bord d’un bateau pensant qu’ils sont comme dans leur voiture ! Malgré tout, nous pensons qu’imposer une contribution aux seuls propriétaires de bateaux serait risqué et injuste. Si cette mesure était appliquée, elle pour- rait modifier notoirement les comportements, avec un public jeune qui privilégiera la location à l’achat. Sans compter que les propriétaires de bateaux devant mettre la main à la poche ne feront plus de dons. Et surtout on ferait peser sur eux tout le poids de cette contribution, alors que d’autres plaisanciers (kite surfeur, véliplanchiste, pêcheur à pied, baigneur, etc.) sollicitent eux aussi les acteurs du secours en mer, avec parfois le déploiement de moyens importants ! Il faudrait donc que tout le monde soit logé à la même enseigne. Pourquoi ne pas envisager par exemple de mettre en place un système plus incitatif de bonus/malus applicable à tous les plaisanciers ? Les personnes contribuant à soutenir le sauvetage en mer, par diverses actions (prévention, cotisation, dons, etc.) pourraient ainsi être financièrement moins pénalisées le jour où elles auraient besoin de faire appel à un service de secours en mer.

 

 

Vos témoignages

Les commentaires publiés ici n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent d’aucune manière la position de leur structure d’emploi.

 

Briceño V.

« Il faudrait que le montant des PV distribués aux bateaux qui vidangent et polluent en mer, ou se rendent responsables d'autres infractions, soit reversé à la SNSM. Nos impôts seraient mieux distribués et répartis, et il n'y aurait pas besoin de taxer, toujours taxer et encore taxer. »

 

Charles M.

« Appliquer une taxe aux plaisanciers pour financer la SNSM serait une bonne idée, mesure qui devrait être combinée à une augmentation conséquente du financement par l'Etat. Cette mission de service public ne devrait pas voir l'Etat laisser des bénévoles assurer seuls la fonction du secours en mer (aux côtés des hélicoptères civils et militaires). »

 

 

Le débat du N°53 portera sur : à quand la géolocalisation des appels d'urgence en France ?

 

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