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Débat #53 : À quand la géolocalisation des appels en France ?

La mort de Sylvain Gauthier a remis en lumière les difficultés que peuvent éprouver parfois les acteurs du secours à géolocaliser rapidement et précisément une victime égarée. Après sa chute dans un ravin le 9 août dernier en Italie, le randonneur français était parvenu à appeler un numéro d’urgence et avait pu donner quelques indications à une opératrice. Malheureusement, les services de secours n’avaient pas réussi à le localiser, et son corps avait été finalement retrouvé neuf jours plus tard. Or il existe une technologie qui aurait pu permettre une intervention rapide des secours italiens : l’Advanced mobile location (AML). Problème : l’Italie - tout comme la France - n’a pas encore déployé cette technologie qui devra être adoptée par l’ensemble des pays européens au plus tard pour le 21 décembre 2020. Quels sont les freins à un tel déploiement ? Comment fonctionne cette technologie ? Et quelles sont ses modalités de mise en œuvre ?


Propos recueillis par Yann Bellon

 

Benoît Vivier, responsable des affaires publiques de l'European emergency number Association (EENA)

Une grande innovation pour la sécurité civile

© DR

Selon l’étude HELP 112 sortie en mars 2017, si tous les pays de l’Union européenne utilisaient l’AML, 7 500 vies seraient sauvées en dix ans. Des économies substantielles pourraient également être réalisées à l’échelle des pays européens : environ 95 milliards d’euros ! En effet, en localisant rapidement la victime, l’AML permet aux services de secours d’optimiser au mieux l'utilisation de leurs moyens, comme l'hélicoptère par exemple. Le service est très simple d'utilisation : dès que le requérant compose le 18 ou 112, son téléphone est localisé en une vingtaine de secondes par les services d’urgence, grâce à un système implémenté sur tous les smartphones Android et Apple. L’AML représente la plus grande innovation des quarante dernières années pour la sécurité civile. La technologie devra obligatoirement être mise en place en décembre 2020 dans tous les États membres de l’UE. La France en sera dotée d’ici la fin de l’année, grâce notamment au travail mené par l’Agence du numérique de la sécurité civile (ANSC). Le projet a été très long à mettre en place en raison notamment de la décentralisation des secours. Il fallait que chaque structure d’appel départementale soit reliée à une plateforme commune. Une connexion avait été envisagée au départ à la Plateforme de localisation des appels d’urgence (PFLAU) mais une telle liaison sou- levait des difficultés techniques, et c’est finalement la plateforme Geoloc 18/112 qui a été retenue. Pour l’heure, une dizaine de services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) ne sont pas reliés à cette plateforme, sans compter les Samu et les forces de police et de gendarmerie. Il faut espérer à l’avenir que ces acteurs y soient reliés. Dans le cas contraire, les requérants qui appelleront le 15 ou le 17 ne pourront être géolocalisés par ces services. 

 

Michel Monneret, directeur de l'Agence du numérique de la sécurité civile

L'AML va sauver des vies

© Sylvain Ley

L’ Agence du numérique de la sécurité civile (ANSC) est l’opérateur des pouvoirs publics chargé d’assurer l’ingénierie (conception, déploiement, maintenance, fonctionnement ) des systèmes d’informations et applications nécessaires au traitement des alertes issues des numéros d’appels d’urgence 18 et 112, ainsi que les communications entre la population et les services de secours. À ce titre, l’ANSC a mis en œuvre le projet de déploiement de la technologie AML dès avril 2019. Aujourd’hui, toutes les briques sont en place. Nous avons été très efficaces au vu de la complexité du dossier qui comprend un écosystème hétérogène avec de multiples acteurs impliqués (opérateurs de téléphonie mobile, éditeurs de système d’exploitation, agrégateurs de contenu...), de nombreuses problématiques (protection des données personnelles et sécurisation de la vie privée) et des étapes indispensables (étude de sécurité, protocole de test...) inhérentes au chantier. Un premier test grandeur nature d’un mois va être très prochainement mené auprès des SDIS du Morbihan (56), du Var (83) et du Nord (59). Au final, la technologie AML sera 100 % opérationnelle au premier trimestre 2020 pour les détenteurs de smartphones et l’ensemble des services de secours reliés au 18/112. Au total, ce sont 453 PSAP (Public safety answering point, ndlr) - dont les CTA-CODIS - qui seront dotés à terme de la technologie AML et pourront ainsi automatiquement géolocaliser les appels. Une avancée dont bénéficieront les forces de police et de gendarmerie à la fin du premier trimestre 2020. Avec cette technologie, les services de secours vont gagner de précieuses secondes et sauver des vies en localisant rapidement et précisément une victime. Le tout pour un coût d’installation qui s’élève à seulement 100 000 euros et à 200 000 euros annuels de frais de fonctionnement. 

 

 

 

 

Le débat du N°53 portera sur : Pompiers, à quand la reconnaissance d'un métier à risque ?

 

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