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Débat #54 : À quand la reconnaissance du métier à risques pour les pompiers ?

En 2004, les sapeurs-pompiers ont obtenu la reconnaissance du caractère dangereux de leur profession. Mais contrairement aux policiers, ils ne bénéficient pas du statut de métier à risques. Cette revendication a ressurgi alors que les soldats du feu ont entamé une grève nationale le 26 juin dernier. Que réclament-ils à travers la reconnaissance du statut de métier à risques ? Quelles seraient les conséquences de l’adoption d’une telle mesure ? Dans un contexte où il est beaucoup question de la sécurité des pompiers exposés à différents dangers (explosions, exposition aux fumées et émanations toxiques, sources potentielles de maladies, agressions...), la question d’une évolution de leur statut revient au centre des débats. Quelles sont les marges de manœuvre qui permettraient aux sapeurs-pompiers d’obtenir gain de cause ?


Propos recueillis par Yann Bellon

 

Le sondage SecoursMag.com

Faut-il accorder le statut de "métier à risques" aux sapeurs-pompiers ?

Non : 4,3 %

Oui : 95,7 % 

 

Un besoin de revalorisation 

Christophe Sansou, sécrétaire général de l'union nationale Force Ouvrière des services d'incendie et de secours (FOSIS)

Une pétition demandant la reconnaissance du métier de sapeur-pompier comme métier à risques lancée en juin dernier a reçu pour l’heure plus de 75 000 signatures. À la suite de cette pétition, une rencontre ministérielle réunissant le ministre de l’Intérieur et les représentants de l’intersyndicale a été organisée le 14 mars dernier.

Face à l’absence d’une réponse attendue en mai, l’intersyndicale a déclenché le mouvement de grève des pompiers afin d’alerter la population sur les conditions dans lesquelles les pompiers exercent leur activité. Si le caractère dangereux de notre profession est reconnu depuis 2004, cette reconnaissance n’a pas apporté d’avancées statutaires. Or, il faut prendre en compte les évolutions de la profession et des risques inhérents. Quelques exemples : les logements mieux isolés aujourd’hui exposent plus souvent les soldats du feu aux explosions de fumées. L’installation de panneaux photovoltaïques requiert aussi des précautions d’usage en cas d’incendie pour ne pas exposer les intervenants au risque électrique. De même, les véhicules à énergies nouvelles peuvent être source de danger supplémentaire. Enfin, il ne faut pas oublier le risque d’agressions toujours plus prégnant. Pour faire face à ces risques et revaloriser notre profession dans son ensemble, nous avons besoin de moyens supplémentaires en matière de formation, de prévention et de protection. Sur le plan financier, nous demandons une revalorisation de 19 % à 28 % de notre prime de feu qui n’a pas évolué depuis 1991 ! Et nous attendons une amélioration des conditions de départ à la retraite. Nous avons d’ores et déjà obtenu le 6 novembre dernier, l’engagement verbal du ministre de l’Intérieur à œuvrer pour mettre en place le principe de portabilité des droits acquis et bonifiés en cas de reconversion ou de cessation d’activité.  

 

Des marges de manoeuvre existent

Olivier Richefou, président de la Conférence nationale des services d'incendie et de secours (CNSIS)

Comment imaginer que les sapeurs-pompiers n’exercent pas une profession à risques lorsqu’on a connaissance des chiffres recensant chaque année le nombre de soldats du feu blessés dans l’exercice de leur métier ? Sans oublier bien sûr ceux qui ont perdu la vie ! Faut-il le rappeler ? En 2019, 11 d’entre eux - professionnels ou volontaires - sont décédés dans le cadre de leur activité.
Et le contexte est particulier : les pompiers font face à un accroissement des sollicitations et assument de plus en plus d’interventions qui relèvent de l’assistanat social. Il est essentiel de recentrer leurs missions sur leur cœur de métier que constitue le secours d’urgence aux personnes et l’incendie ! C’est à cette condition que les intervenants pourront obtenir une reconnaissance du métier à risques et une revalorisation en conséquence dont le financement devrait être supporté par l’État et pas par les départements. Si pour l’heure les syndicats réclament une hausse de dix points de la prime de feu, nous sommes plus mesurés sur ce point et préconisons une hausse de 19 à 24 %. Cette augmentation de cinq points représenterait un apport de 70 millions d’euros qui pourrait être financé par l’État en supprimant notamment la sur-cotisation qui s’applique à l’heure actuelle aux sapeurs-pompiers professionnels. Des discussions sont actuellement en cours et une réunion de travail doit se tenir mi-janvier avec la Caisse nationale de retraite des agents de collectivités locales (CNRACL). Une autre solution serait d’intégrer dans un projet de loi de finances, une modification à la marge de la taxe spéciale sur les conventions d’assurance attribuée aux départements au titre du financement des SDIS. Pour l’heure, le gouvernement n’a pas souhaité recourir à ce levier qui permettrait de dégager une enveloppe complémentaire.

 

Le débat du N°55 portera sur : Pour ou contre un nouveau numéro national gratuit dédié à la santé : le 113 ?

 

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