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Victimes : le combat continue

Accompagner les victimes de catastrophes : tel était le thème de la conférence organisée par la Société française de médecine de catastrophe (SFMC) le 25 janvier dernier. L’occasion de mettre en avant les pratiques et les axes d’amélioration dans un cadre de prise en charge qui dépasse le temps court de l’urgence.

Juliette Méadel a annoncé la création d'un "institut résilience"
Crédit photo : Yann Bellon / Secours Mag

« L’habituel défaut de l’homme est de ne pas préparer l’orage par beau temps. » Secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre chargée de l’aide aux victimes, Juliette Méadel, a cité Machiavel en guise d’introduction. Une façon pour elle de rappeler que, face aux situations exceptionnelles générées par les catastrophes, tous les acteurs du secours et du soin d’urgence doivent se préparer pour anticiper aux mieux la gestion de crise. Dans le contexte actuel, la menace attentat occupe bien sûr tous les esprits. Au même titre que lors d’accidents collectifs de grande ampleur, la prise en charge des victimes est au centre des préoccupations.

 La qualité de la prise en charge médicale va participer à la reconstruction de la victime, Stéphane Gicquel

Apporter du soin sur la durée

Comment améliorer cette prise en charge ? Première piste évoquée : la création prochaine d’un « institut résilience ». Objectif : constituer un lieu d’échanges, de réflexion et de formation pour les professionnels de l’urgence afin de faire progresser la prise en charge des traumatismes psychologiques. Un processus de soin psychique qui doit être mis en place dès la survenue d’une catastrophe, mais qui s’inscrit également sur la durée. « Dans les premiers instants, les victimes ont besoin de soutien et de reconnaissance, et la qualité de la prise en charge médicale va participer à leur reconstruction. Mais ce processus s’inscrit également dans un temps long qui va bien au delà du temps de l’urgence et de la post crise immédiate », souligne Stéphane Gicquel, secrétaire général de la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs (FENVAC).

 

Ne pas oublier les victimes par ricochets

De l’avis même du Secrétaire général de la FENVAC, l’aide aux victimes est un chantier permanent. Des progrès sont attendus dans plusieurs domaines : recensement des victimes, respect sur les réseaux sociaux, statut des aidants, etc. L’organisation des points d’accueil et la prise en charge des proches constituent une autre piste d’amélioration. « Ces « victimes par ricochets » doivent être informées avec toutes les précautions d’usage, ce qui requiert une pédagogie adaptée. De fait, l’aide aux victimes ne s’improvise pas. La professionnalisation des intervenants apparaît donc primordiale. » A cette occasion, le Pr Didier Cremniter, responsable de la cellule d’aide médico psychologique (CUMP) du SAMU de Paris, déplore que lors d’attentats, certaines victimes indemnes ayant fui les lieux après l’événement ont pu être « oubliées » et ne pas bénéficier d’un soutien médico-psychologique. Au même titre, les acteurs du secours, intervenants ou non dans le cadre de leur structure d’emploi, ne doivent pas non plus être négligés, comme le rappelle Ludovic Blay de l’association VISOV (Volontaires internationaux en soutien opérationnel virtuel). « Après les attaques du 13 novembre, certains de nos bénévoles ont dû aller se confronter dans le cadre de leurs missions à des images choquantes. Une prise en charge médico psychologique a été nécessaire ».

 

Préparation et résilience des populations

Comment préparer au mieux la population à faire face lors de catastrophes ? « Il y a trois réponses possibles : la formation, la formation, la formation ! assène Michèle Merli, présidente du Conseil national de la protection civile (CNPC). « Malgré la loi du 13 août 2004 qui stipule que la sécurité civile est l’affaire de tous, nous sommes encore extraordinairement en retard en matière de culture du risque. » Si l’école a un rôle évident à jouer dans l’enseignement des gestes de premiers secours, d’autres initiatives comme la campagne des gestes qui sauvent, grande cause nationale 2016, aura permis de former près de 200 000 personnes. Un pas en avant qui en appelle bien d’autres…