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Financiariser les catastrophes : la tendance se confirme

Si en entendant "cyclones", "inondations" ou "séismes", vous pensez "sauvetage-déblaiement", "USAR" ou "secours", d'autres pensent "obligations", "actions", "réassurance" et plus généralement "titrisation".

Après le passage de l'ouragan Irma
Crédit photo : Nicolas Beaumont / Secours Mag

La méthode n'a rien de nouveau et les domaines dans lesquels elle s'applique sont nombreux. Transformer un risque en produit financier qui s'échange sur les places de marché. Assurance de prêt, crédit immobilier, dette nationale sont autant de produits financiers qui sont commercialisés sous forme d'obligations ou de produits dérivés.

Depuis le milieu des années 90, les assureurs, notamment Américains, ont pris la mesure de l'infortune financière liée aux catastrophes naturelles. Des centaines, des milliers voire des millions d'assurés à indemniser. C'est le cyclone Andrew, en 1992, qui fait souffler un vent de panique. Plus de 20 milliards de dollars de dégats. Un record... Tristement battu lors du passage de Katerina, avec plus de 70 milliards de dollars.

 

La titrisation ? Explications

Pour les assureurs, qui sont eux-mêmes assurés, il faut trouver une solution. C'est la titrisation. Ce n'est pas une solution nouvelle : il s'agit de transformer le risque en rentabilité sur un produit financier. La première obligation adossée à un risque de catastrophe naturelle date de 1994. On parle dès lors de Cat Bond : "Cat" pour catastrophe et "Bond" le mot anglais qui signifie obligation.

Mais comment cela fonctionne ? Prenons l'un des derniers Cat Bond créé. Il s'agit de Bowline Re Ltd. (Series 2019-1), sponsorisé par Transatlantic Reinsurance Co. et qui couvre les séismes, les ouragans et les tempêtes aux USA, au Canada, à Puerto Rico et dans les îles Vierges.

Dans un premier temps, le sponsor Transatlantic Reinsurance Co. crée une entité juridique indépendante : Bowline Re Ltd.

Cette structure vend pour 200 millions de dollars d'obligations. Elle place l'argent récolté dans des produits sûrs, comme de la dette d'Etat, et verse des intérêts aux souscripteurs de l'obligation.

Deux possibilités peuvent se présenter :

  • Aucun sinistre ne se passe pendant toute la durée de l'obligation. Tous les souscripteurs récupèrent le capital et gardent les intérêts.
  • Un sinistre a lieu : les souscripteurs perdent tout ou partie du capital et les intérêts restants. Bowline Re Ltd. utilise l'argent disponible pour indemniser les clients de Transatlantic Reinsurance Co.

L'avantage pour l'assureur ou le réassureur, c'est que l'argent pour indemniser est déjà disponible : pas besoin de l'emprunter ou de le provisionner chaque année. L'avantage pour les investisseurs c'est que ces Cat Bonds rapportent des intérêts plus élevés que les obligations traditionnelles.

Depuis 1994, ce sont 36,9 milliards de dollars qui ont été émis... On est loin des 180 milliards d'obligation sur des dettes d'Etats, mais le chiffre est en constante progression.