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Focus #47 : Grand Nancy Defi’b, à Nancy, on dit merci aux SVP

Créée en 2007, l’association Grand Nancy Defi’b s’appuie sur des Sauveteurs volontaires de proximité (SVP). Formés à l’utilisation d’un défibrillateur automatisé externe (DAE) et au massage cardiaque, ces citoyens bénévoles doivent permettre de réduire le délai d’intervention lors d’un arrêt cardio-respiratoire (ACR).

L’association Grand Nancy Defi’b forme elle-même ses sauveteurs volontaires de proximité.
Crédit photo : Françoise Claudel

Un maillon supplémentaire dans la chaine de survie pour intervenir au plus vite auprès d’une victime d’ACR. C’est l’objectif de l’association Grand Nancy Defi’b (GND) qui a vu le jour — en collaboration avec le SAMU 54 — sous l’impulsion du Pr Etienne Aliot, chef du pôle cardiologie médico-chirurgical du Centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Nancy (54). « Depuis 2007, tous les citoyens peuvent utiliser un DAE. Encore faut-il qu’ils soient formés », souligne le Pr Aliot, président fondateur de GND. En plus de solliciter les acteurs locaux (mairies, entreprises...) pour favoriser la mise en place de défibrillateurs au sein de la métropole du Grand Nancy, l’association sensibilise la population lors d’événements sportifs ou culturels. Objectif : former un réseau de sauveteurs volontaires de proximité en lien avec les municipalités qui mettent à disposition des DAE. « Nos bénévoles suivent une formation initiale pour reconnaître les signes de l’arrêt cardiaque, effectuer les compressions thoraciques et déployer le DAE », explique Franck Chevrot, responsable formation de l’association.

 

LA VOIE DE LA PROXIMITE

Comment fonctionne le dispositif des SVP ? « Lorsque le SAMU reçoit un appel pour une victime d’arrêt cardiaque, le médecin régulateur se connecte sur le site de l’association et visualise où se trouve le volontaire de permanence le plus proche auquel il va indiquer l’adresse de la victime. Le bénévole qui est à son domicile se rend immédiatement sur les lieux avec le DAE mis à sa disposition. En moyenne, les SVP interviennent dans un périmètre d’action de 322 mètres et peuvent être au chevet de la victime en cinq minutes tout au plus. En tant que premiers intervenants, ce sont eux qui vont débuter le massage cardiaque et mettre en œuvre le DAE avant l’arrivée des services de secours. » Une action d’autant plus salutaire quand on sait qu’en cas d’ACR, chaque minute perdue équivaut à 10 % de chances de survie en moins. Or le délai moyen d’intervention par les services de secours (pompiers et SAMU), entre l’alerte et la pose d’un défibrillateur, est de 11 minutes. S’ils peuvent être mobilisés dans certains cas sur la voie publique, les SVP interviennent principalement chez les victimes. « Or, 85 % des ACR surviennent à domicile », indique le Pr Aliot.



UN RESEAU EN QUETE DE VOLONTAIRES

Grand Nancy Defi’b s’est fixé un objectif ambitieux : parvenir à un taux de survie de 20 % ; alors qu’il est de 5 % au niveau national selon la Fédération française de cardiologie. Pour l’heure, l’association avance des résultats encourageants avec un taux de survie estimé à 8 %. Pas question pour autant de se reposer sur ses lauriers. « Nous avons un peu plus de 400 volontaires bénévoles répartis sur 15 communes de la métropole du Grand Nancy qui en compte au total 19. Le but serait d’avoir 2 000 SVP car nous avons des communes moins couvertes que d’autres », déplore Franck Chevrot. Autre difficulté : former et entretenir un réseau basé sur le volontariat qui suppose un turn-over omniprésent. Reste à concrétiser certains projets. L’association qui regroupe plusieurs partenaires locaux (SAMU, SDIS, Protection civile, Croix-Rouge, etc.) pourrait prochainement inclure la police municipale dans son dispositif. Sans oublier les facultés et leurs étudiants. « On pourrait même envisager d’organiser une formation de masse au stade Marcel-Picot », lance Franck Chevrot. Une initiative d’envergure puisque l’infrastructure peut accueillir plus de 20 000 personnes…

Yann Bellon

 

Grand Defi’b Nancy en bref :

  • 405 SVP opérationnels sur le Grand Nancy
  • 132 personnes sensibilisées en 2015, 211 en 2016, 237 en 2017
  • 133 SVP ont été formés en 2018 et 145 ont suivi une formation continue
  • 205 SVP doivent encore être formés
  • 70 ont été mobilisés de 2009 à 2016

 

TROIS QUESTION A REGINE JOURDAIN

“ Tout le monde doit se former ”

Le 17 juillet 2016, vous recevez un appel du SAMU…
J’avais suivi la formation deux mois auparavant. Il est 23 h lorsque je reçois l’appel. Je demande immédiatement l’adresse, et n’en crois pas mes oreilles : il s’agit de mon voisin ! J’emporte avec moi le DAE, me précipite dehors et tombe nez à nez avec sa femme qui est sur le palier de leur porte. Elle ne réalise pas qu’on m’a prévenue. Elle est simplement soulagée de voir quelqu’un…

 

Comment se déroule l’intervention ?
Mon voisin est sur son lit. Il est bleu et ne respire plus. Je mets en œuvre le DAE mais l’appareil m’indique que le choc n’est pas recommandé. Je poursuis le massage pendant cinq minutes jusqu’à l’arrivée du SAMU. Dans la précipitation et sous le coup du stress, j’ai réalisé après coup que j’avais omis de caler la porte d’entrée pour faciliter l’arrivée des secours.


Mais au final, la victime a été sauvée…
Ce fut un grand soulagement. L’équipe du SAMU est parvenue à faire repartir le cœur. Sauver une vie c’est aussi fort qu’un accouchement ! On a le sentiment de donner la vie une seconde fois. Et on peut tous le faire si tant est qu’on soit formé ! Il faut sensibiliser le plus grand nombre car il y a encore trop de gens qui ne savent pas à quoi sert le DAE et ont peur d’intervenir.

© DR

Régine Jourdain,
SVP depuis 2016