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Focus #49 : Aide aux victimes, la France modèle ?

S’il est un domaine dans lequel la France peut se féliciter de ne pas être en reste, c’est bien celui de l’aide aux victimes. Depuis la création de la Délégation interministérielle à l’aide aux victimes le 7 août 2017, de nombreuses avancées ont été enregistrées.

Le CNRR sera destiné à toutes les victimes, celles du quotidien comme de l’exceptionnel.
Crédit photo : Sylvain Ley - Secours Mag

“Le guide méthodologique sur la prise en charge des victimes d’accidents collectifs à été entièrement revisité et mis en ligne, la convention signée avec Pole Emploi permettant aux victimes d’attentats d’être prises en charge par des référents « victimes » formés se met en place, quatre coordonnateurs en matière d’accidents collectifs ont été recrutés et formés, un juge de l’indemnisation des victimes a été acté, l’agrément des associations d’aide aux victimes a été défini, les assises européennes sur la résilience se sont tenues, les comités locaux d’aide aux victimes ont été installés dans la plupart des départements… » Depuis son bureau au ministère de la Justice, Elisabeth Pelsez, déléguée interministérielle à l’aide aux victimes, rappelle la liste des actions réalisées ou en passe de l’être depuis sa prise de fonction. Il faut dire qu’en un peu plus d’un an, le travail effectué au sein de la Délégation interministérielle d’aide aux victimes (DIAV) est plutôt soutenu et a de quoi surprendre. Notamment lorsque l’on sait que toutes ces actions nécessitent un important travail de coordination interministérielle. « Il est vrai que le travail ne manque pas », disent en souriant Elisabeth Pelsez et Brigitte Arthur, responsable du secteur santé et affaires sociales de la DIAV, avant de reprendre plus sérieusement : « Notre capacité à agir et à obtenir des résultats tangibles pour toutes les victimes est largement due à une feuille de route claire. Trois mois après la création de la DIAV, nous avions élaboré un plan interministériel qui a été notre cap. Les ministères – et les ministres – avec lesquels nous travaillons ont compris l’enjeu des sujets que nous traitons et reconnaissent que le sujet de l’aide aux victimes dépasse les prérogatives de leur seul ministère. »

 

Le CNRR aura trois fonctions : recherche, formation et labellisation

 

Le point d’orgue

Parmi les actions majeures, l’une d’entre elles représente une avancée notoire. Annoncé dans le plan interministériel de l’aide aux victimes présenté le 10 novembre 2017 par le Premier ministre, un Centre national de ressources et de résilience (CNRR), (imaginé au départ par Françoise Rudetzki, fondatrice de SOS attentats) se met en place actuellement. Son objectif : travailler sur la connaissance du psychotraumatisme pour améliorer la prise en charge de l’ensemble des victimes, quelle que soit l’origine du traumatisme (attentats, catastrophes naturelles, accidents collectifs, violences intrafamiliales, infractions pénales). Ce centre « destiné à toutes les victimes : celles du quotidien comme de l’événement provoquant de nombreuses victimes » tient à préciser Elisabeth Pelsez, aura trois fonctions : recherche (recensement, veille et orientation éventuelle en matière de travaux sur le psychotraumatisme dans le champ médical et en sciences humaines et sociales), formation (des médecins, mais aussi plus globalement d’un ensemble de professions paramédicales) et labellisation (de certaines formes de soins du psychotraumatisme, en lien avec la Haute autorité de santé. Le CNRR est le fruit d’un appel à projets lancé en juillet 2018 par la DIAV auprès de tous les établissements de santé et remporté conjointement par l’APHP et le CHU de Lille. Sa création vient se conjuguer avec la mise en place de 10 unités de consultations spécialisées en psychotraumatisme dispersées sur le territoire national et offrant ainsi un maillage territorial efficace de l’aide aux victimes. « Les 10 unités sont des lieux de prises en charge, qui reçoivent et accueillent des victimes. Elles sont financées par le ministère de la Santé, et sont donc un service de l’hôpital. Le CNRR, lui, n’est pas un centre d’accueil de victimes. Son objectif est de collecter toute la recherche en matière de psychotraumatisme, d’identifier des bonnes pratiques, de rassembler et d’harmoniser. Il a une fonction de coordination, ce n’est pas un supérieur hiérarchique des unités », détaille Brigitte Arthur. Basé au CHU de Lille avec une antenne à Paris, il sera coordonné par les professeurs Thierry Baubet et Guillaume Vaiva. Monté en Groupement d’intérêt public (GIP), le CNRR sera financé par six ministères (justice, solidarités et santé, recherche, éducation nationale, intérieur, armées) avec un budget annuel de 1,2 million d’euros.

 

Sortir des frontières

« Beaucoup d’Etats de l’Union Européenne sont très intéressés par la manière dont nous fonctionnons car ils ont compris que la coordination était importante, explique Elisabeth Pelsez. Ce que nous avons fait en France semble être une source d’inspiration pour un centre d’expertise européen, voire un centre de coordination de la prise en charge des victimes au plan européen. » Le 5 novembre dernier, les assises européennes des associations de victimes et d’aide aux victimes organisées par la DIAV ont rassemblé 27 associations étrangères (et 72 françaises). Ce succès est une preuve, s’il en fallait une, de l’intérêt croissant pour la résilience sur le plan international. Et cet intérêt semble converger vers une prise de conscience : il est impossible de raisonner en matière d’aide aux victimes de façon isolée. La France l’a bien compris et semble ainsi donner le « La » sur le plan européen.

Sylvain Ley

 

Labelliser des soins

La recherche dans le domaine du psychotraumatisme est relativement récente et les approches sont très diverses ; et par conséquent, les traitements et les prises en charge le sont aussi. « Il y a aujourd’hui beaucoup d’offres de soins, comme l’EMDR (Eye movement desensitization and reprocessing, ndlr), les thérapies cognito-comportementales, la sophrologie, le propanolol, etc, explique Brigitte Arthur. L’idée, c’est que les victimes puissent bénéficier de soins reconnus pour leur efficacité à partir de travaux de recherches qui ont des résultats tangibles. La participation des 10 unités de consultations spécialisées aux travaux du CNRR sera d’un apport considérable. » Reste à savoir sur quels critères d’efficacité seront labellisées les offres de soins. La participation de la Haute autorité de santé sur ce dossier devrait être gage de transparence.

© Sylvain Ley

Elisabeth Pelsez, déléguée interministérielle à l’aide aux victimes