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Focus #49 : SFMC, les enfants passés au crible

La Société française de médecine de catastrophe (SFMC) organisait le jeudi 24 janvier 2019 un colloque intitulé « Enfants et catastrophes ». Un rassemblement qui a fourni de nombreux enseignements sur une prise en charge pédiatrique spécifique qui l’est d’autant plus dans un contexte de nombreuses victimes.

Les acteurs du secours et des soins d’urgence doivent s’adapter aux spécificités de l’enfant, et notamment à ses caractéristiques anatomiques, comportementales et physiologiques.
Crédit photo : Nicolas Beaumont - Secours Mag

La prise en charge d’enfants en grand nombre souffrants de traumatismes graves reste rare et redoutée par les services de secours et de soins d’urgence. Elle constitue pour autant une réalité. Les enfants ne sont pas épargnés par les catastrophes naturelles, accidentelles ou intentionnelles. La prise d’otages de Beslan en 2004 en Russie fut à ce titre un révélateur douloureux, puisque sur les 331 victimes recensées, 186 étaient des enfants. En France, l’attentat de Nice en 2016 fut un tournant dans la prise en charge simultanée d’un grand nombre de victimes pédiatriques. Sur les 86 morts, 13 étaient des enfants ou des adolescents. L’hôpital pédiatrique de Lenval a ainsi accueilli, en 90 minutes, 47 patients : 35 enfants et 12 adultes pour 11 urgences absolues (UA) et 36 urgences relatives (UR). Une intervention qui a révélé de nombreuses difficultés organisationnelles (pas d’équipe de triage à l’origine, un afflux massif de victimes puis de soignants, une sécurisation policière tardive…), des problèmes de communication interne et d’identitovigilance… Principal enseignement des RETEX : les équipes pédiatriques sont moins bien préparées à ce genre de pathologies traumatiques que les équipes adultes. Suite à ces retours d’expérience, un groupe Plan Blanc a été créé qui a notamment abouti à la réécriture totale du « Plan blanc », à une sensibilisation des soignants pédiatriques par un enseignement transversal - via notamment le dispositif AMAVI (Afflux Massif de victimes) et l’élaboration d’une fiche dédiée - sans oublier l’acquisition de nouveaux matériels (lot PSM adulte, chariot de tri spécifique SSE, etc.) et un rapprochement entre hôpitaux adultes et pédiatriques en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) et en France. La prise en charge d’enfants peut générer un fort impact émotionnel pour les acteurs du secours et des soins d’urgence. Pour preuve : malgré une prise en charge du psycho-traumatisme des soignants de Lenval, environ 40 % du personnel des urgences, de la réanimation et du bloc ont été renouvelés lors du premier semestre 2017.

 

S’adapter à l’enfant

L’enfant n’est pas un adulte en miniature. Il convient donc d’adapter les principes généraux du damage control aux particularités des victimes pédiatriques. Et tenir ainsi compte de leurs caractéristiques anatomiques (rapport surface corporelle/poids élevé, finesse de la peau), comportementales (difficulté de communication et mauvaise perception du danger aboutissant à des comportements inappropriés) et de leurs spécificités physiologiques en terme d’hémodynamique, de ventilation (voies aériennes plus étroites que chez un adulte avec un risque obstructif plus important et d’hypoxie précoce pouvant mener à un arrêt cardio-respiratoire), et d’adaptation des posologies (acide tranexamique, célocurine). De surcroit, les jeunes patients présentent un risque plus élevé de lésions de la tête, de pneumothorax et d’hypothermie. Des spécificités qui justifient une prise en charge spécialisée avec du personnel formé et du matériel adapté à leur morphologie. Pour ce faire, des services de secours et de soins d’urgence se dotent de nouveaux équipements, à l’image de garrots tourniquet pédiatrique pouvant être mis en œuvre sur des membres de 4 cm de diamètre. En 2015, un groupe de travail de l’Etablissement de préparation de réponse aux urgences sanitaires (EPRUS, aujourd’hui Santé publique France) a été créé en vue de proposer la mise en place d’un lot pédiatrique de renfort sur le territoire national. Objectif : établir la composition qualitative et quantitative d’un lot à vocation zonal destiné à traiter 25 victimes pédiatriques. Conçu pour des victimes âgées de moins de 10 ans (moins de 30 kg environ), le Poste sanitaire mobile (PSM) pédiatrique est réparti en 11 malles maximum transportables dans une remorque dédiée. Un prototype a été établi en mars 2016 pour un déploiement national qui a débuté en février 2017. A terme, la doctrine prévoit de couvrir l’ensemble des établissements de santé sièges de SAMU à l’horizon 2019. Au total, 105 PSM pédiatriques seront déployés sur le territoire national en cinq vagues successives. Qui de la post intervention ? Quels sont les impacts psychologiques pour les victimes les plus jeunes ? La recherche sur le devenir psychologique des enfants et adolescents impliqués dans un contexte de traumatisme de masse reste rare. Si par le passé les spécialistes ont pu penser que l’enfant était à l’abri du trauma en raison de son imaginaire inexact de la mort et de la plasticité de sa personnalité, les experts reconnaissent aujourd’hui que ce dernier est d’autant plus vulnérable du fait de sa dépendance aux adultes. Des parents ou des proches qui peuvent avoir été victimes directes de la catastrophe, d’où un risque de contagion ou de traumatisme vicariant entre différents membres d’une même famille. Ici, l’urgence est de restaurer un sentiment de sécurité et de continuité par le biais notamment des liens intrafamiliaux. Au final, le deuil dans l’enfance dans un contexte de situation sanitaire exceptionnelle (SSE) constitue un réel défi pour la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent.

Yann Bellon