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Focus #50 : Incendie de Notre-Dame, le feu sacré des secours

A la suite de l’incendie de la cathédrale de Paris, une chaîne opérationnelle s’est immédiatement mise en place pour éteindre les flammes, protéger ce qui pouvait encore l’être, et porter secours aux éventuels victimes et sinistrés. Si les sapeurs-pompiers forment les maillons principaux de cette chaîne, d’autres acteurs ne sont pas en reste, et notamment les bénévoles des associations agréées de sécurité civile. Focus sur l’une d’entre elles : la Protection Civile de Paris Seine.

La Protection Civile est venue épauler les sapeurs-pompiers lors de cette opération d’envergure.
Crédit photo : Protection Civile Paris Seine / A. Ménagé

Photos : Protection Civile Paris Seine / A. Ménagé

 

 

Ce n’est pas le son des cloches qui a mis en émoi les fidèles venus assister à la messe, mais plutôt un son strident perçu vers 18h20 dans les entrailles de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Cette première alarme incendie résonne comme un glas en cette soirée du 15 avril. Elle annonce le début d’une soirée éprouvante, notamment pour les acteurs du secours français. En première ligne, les militaires de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP), qui auront à combattre les flammes sous un autre feu, médiatique celui-là, d’égale envergure. Mais d’autres uniformes viendront, plus discrètement, se mêler à l’opération. Ce sont les bénévoles des associations agréées de sécurité civile et notamment ceux de la Protection Civile de Paris. Guillaume Coelho, l’un de ses cadres opérationnels, est de permanence ce soir-là. « Tout s’est enchaîné très rapidement, se souvient celui qui orchestrera les secours associatifs pour la Protection Civile. Dès que j’ai appris la nouvelle de l’incendie, je me suis rendu en éclaireur au PC tactique des sapeurs-pompiers qui s’installait. J’étais à peine arrivé sur place quand le centre opérationnel de zone a déclenché notre association pour un premier recensement de moyens. » L’appel est relayé immédiatement au sein des 19 antennes de Paris et de la petite couronne. Les réponses de disponibilités ne se feront pas attendre.

 

Guillaume Coelho, responsable des secours de la Protection Civile Paris Seine.

 

Sectorisation

Dès 19h15, la chaîne opérationnelle est bien en place. La Protection Civile (PC) est chargée en premier lieu d’armer le PRV/PMA (point de rassemblement des victimes / poste médical avancé) qui s’établit dans l’hôpital de l’Hôtel-Dieu tout proche. En moins d’1h30, 80 bénévoles et une vingtaine d’engins sont sur place. Un nombre estimé suffisant au regard des quelque 250 secouristes de la PC qui ont répondu présents. La Protection Civile peut ainsi proposer son aide pour d’autres types de missions. Quatre secteurs d’intervention seront identifiés. Le premier est le PRV/PMA, qui, malgré le peu de victimes civiles, restera ouvert tardivement pour soigner les éventuels pompiers ou policiers blessés. Le second secteur vise à positionner des équipes de secours terrestres en différents lieux stratégiques pour prendre en charge des victimes potentielles au sein de la foule présente en masse autour de l’édifice. « C’est l’une des particularités de cette intervention. Avec en plus la proximité de la Seine, le risque de chute et de noyade était important », relate Guillaume Coelho. D’où la création du troisième secteur « nautique », avec la mise à l’eau de trois embarcations de secours. Le dernier secteur a enfin pris en considération les habitants de l’Ile de la Cité directement impactés par l’incendie. Un bâtiment situé à proximité immédiate de la cathédrale a en effet dû être évacué. Un Centre d’accueil des impliqués (CAI) s’est organisé dans un gymnase du 4e arrondissement et les bénévoles ont pu y prendre en charge les habitants, les réconforter, et transporter vers un logement provisoire ceux qui en avaient besoin. « Parallèlement à ces missions, nous avons également renforcé les équipes du SAMU pour les interventions courantes, car beaucoup d’entre elles étaient mobilisées sur l’incendie », précise Guillaume Coelho. Un régulateur et quatre équipes de secours viendront ainsi prêter main forte au SAMU. Ce n’est que vers 3 heures du matin, une fois l’incendie maitrisé et la foule dispersée que les bénévoles seront désengagés et pourront alors rentrer chez eux afin de profiter de quelques petites heures de sommeil avant d’aller travailler…

 

Il reste des points à améliorer, comme par exemple l’accès des secours rendu difficile par la foule.

 

Premier bilan

« J’ai tout de suite pris conscience de l’ampleur de l’intervention que nous allions vivre, se remémore Guillaume Coelho. Mais la très bonne coopération entre les acteurs du secours public et les associations a permis de monter sans heurt un dispositif global pour couvrir l’ensemble des problématiques opérationnelles. Bien entendu, il reste des points à améliorer, comme par exemple l’accès des secours sur le site rendu difficile par la foule. » D’autres axes de réflexion seront prochainement étudiés, notamment sur le soutien que les associatifs peuvent apporter, dans une telle situation, pour évacuer les œuvres d’art… « Les bilans sont en cours, mais une chose est sûre, affirme Guillaume Coelho, après une intervention comme celle-là, il y a une certaine fierté à pouvoir dire : “J’y étais !” »

Sylvain Ley