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Focus #51 : Les urgences en détresse vitale

Lors du dernier congrès Urgences – le rassemblement annuel des urgentistes, qui s’est tenu les 5, 6 et 7 juin derniers au Palais des Congrès (Paris) – la tension était à son comble. En plein mouvement de grève des personnels des services d’urgences, des réponses aux maux qui affectent depuis plusieurs années les conditions de travail de ces derniers étaient fermement attendues.

La ministre de la Santé est venue rencontrer les personnels urgentistes mécontents lors de leur congrès annuel.
Crédit photo : Van Den Eynde

“Trop, c’est trop ! », entonne sans ménagement le Dr François Braun, face à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Quelques mots qui résument l’état d’esprit des personnels des services d’urgence hospitalière. Face à l’afflux de patients vers ces services, les conditions de travail se dégradent dangereusement. Le risque, transformé aujourd’hui en constat : une baisse significative de la qualité des soins, l’augmentation des « patients-brancards », qui entraîne une surmortalité prouvée, et une démotivation grandissante des professionnels de santé. Unis pour dénoncer ces conditions de travail inappropriées, la Société française de médecine d’urgence (SFMU) et Samu Urgences de France (SUdF), aux côtés du Conseil national de l’urgence hospitalière (CNUH), se sont succédé face à la ministre pour faire part de leurs craintes et de leurs exigences. « Nous sommes inquiets, explique le Dr Agnès Ricard-Hibon, présidente de la SFMU. Comment faire de la qualité SAMU avec des appels de santé qui ne sont pas décrochés par des personnels de la Santé ? Avec des engagements intempestifs de moyens de secours qui impactent la pertinence et les démarches de soins, non maitrisables par nous, mais qui nous sont facturés quand même. » Et le Dr Braun, président de SUdF, de rappeler que « la médecine d’urgence doit se recentrer sur son cœur de métier », car les urgentistes en sont venus à faire ce que les autres ne voulaient ou ne pouvaient plus faire. « Le système d’urgence, par glissement, remplace ce qui a disparu ou ne fonctionne plus », résume le Pr Pierre Carli, président du CNUH.

 

Pour un Plan Marshall

Face à la ministre de la Santé, les doléances sont ciblées. « Les appels [doivent être] décrochés par des personnels de santé, sans intermédiaire, avec un numéro santé sous l’égide de la santé », affirme Agnès Ricard-Hibon. Mais aussi « une régulation médicale renforcée en capacité d’assurer sa mission de service publique avec des critères qualité atteignables, (…) des partenaires pompiers, sous contrat santé, qui puissent respecter les décisions d’orientation pour adresser le bon patient au bon endroit, au bon moment. » Pour le Dr Braun, c’est un véritable « Plan Marshall » qui est attendu de la part du gouvernement pour les urgences pré et intrahospitalières. « Il faut reconnaître la pénibilité du travail au sein des Centre 15, des SMUR et des services d’urgence », somme ce dernier, qui craint l’échéance de l’été caniculaire à venir. « Il faut une feuille de route avant l’hiver pour engager une réforme de notre organisation permettant de garantir notre exercice préhospitalier et maintenir les services d’urgence comme le lieu de prise en charge des cas graves et urgents. »

 

Des réponses ?

Face à ces invectives, la ministre de la Santé, elle-même médecin, ne peut que convenir de la situation. « J’entends votre colère et je la comprends. (…) Les urgences sont en détresse et je le sais », affirme celle qui rappelle qu’entre 1996 et 2016, les admissions dans les services d’urgence sont passées de 10 à 21 millions. Pour tenter de remédier à ces maux dès aujourd’hui, la ministre a – en sus de l’annonce d’un soutien financier aux établissements connaissant des surcroîts d’activité – confié au Pr Carli et au député Thomas Mesnier la rédaction d’un rapport pour novembre sur l’état des urgences. Elle annonce la volonté de porter partout la prime qui existe déjà, mais distribuée de façon inégale sur le territoire, pour les soignants exposés à des conditions difficiles. Dans le cadre de la délégation de gestes médicaux aux personnels paramédicaux, une prime de coopération sera aussi mise en place pour ces derniers. Enfin, sur l’épineux sujet de la régulation médicale, Agnès Buzyn veut « rassurer très clairement. Je crois fermement en un principe simple : un appel médical urgent appelle une réponse médicale. Un point c’est tout ! » Un positionnement applaudi par la salle, toute de blanc vêtue… Face à ces quelques annonces, la profession représentée au Congrès Urgences semble « satisfaite, mais attentive », notamment aux échéances. Réformer le préhospitalier en recentrant les urgences sur leur cœur de métier, en redonnant du sens au métier pour créer de l’attractivité, et en proposant des méthodes pédagogiques innovantes, telles sont les directions à prendre pour, comme le souligne le Pr Pierre Carli en ce jour de commémoration du Débarquement, « sauver le soldat Urgences ».

Sylvain Ley

 

Un désaccord d’échelle ?
Face à certains propos, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) a vu rouge. « Nous regrettons que la SFMU se sente obligée d’attaquer les pompiers, qualifiés parfois de “partenaires”, parfois “d’effecteurs” pour défendre un système devenu indéfendable. Il n’y a aucune remise en question d’un modèle qui a montré ses limites, voire son échec. On confie au Pr Carli un nouveau rapport sur l’organisation des urgences ! Va-t-on réinventer le système avec les concepteurs d’un modèle qui a trente ans ? Quant à la question du numéro unique d’appel d’urgence, nous sommes plutôt rassurés par les propos de la ministre qui ne fait pas mention du 15 et ainsi ne ferme pas la porte au 112 auquel nous sommes favorables. »

 

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