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Histoire #53 : FFSS, à l'origine, un sauveteur fondateur

Il y a 120 ans naissait l’Association nationale des sociétés de natation et de sauvetage, ancêtre de la Fédération française de sauvetage et de secourisme (FFSS). À l’origine, il y eut un homme, Raymond Pitet...

1934 Fête du devoir ASO à Margny-lès-Compiègne

Texte de Yann Bellon

Photos : Sauveteurs de l'Oise

 

Allier sauvetage et sport. C’est la particularité historique de la FFSS qui, en plus d’être une association agréée de sécurité civile, est une fédération sportive délégataire du ministère chargé des sports. Cette identité remonte aux origines de la Fédération puisqu’elle était déjà évoquée en 1899 par son fondateur Raymond Pitet. « Rien n’est possible au sauveteur, même animé d’un grand courage et possédant des qualités techniques, s’il ne possède les qualités physiques indispensables : agilité, force, adresse, réflexes et endurance, souplesse, sang-froid et présence d’esprit, qui seules peuvent en permettre l’exécution (...). Il est indispensable que le sauveteur, selon les cas, sache : 

  • Nager et plonger pour sauver à distance et à fond.

  • Grimper s’il s’agit d’escalade.

  • Être entraîné contre le vertige et le vide.

  • Fort pour porter à dos et dans les bras un corps inanimé.

  • Agir, courir, sauter, ramper, esquiver dans les déplacements rapides.

  • Être adroit dans le lancer des cordages ou d’engins.

  • Et endurant à la chaleur, au froid et aux intempéries.

Donc personne ne peut discuter que le sauvetage ne peut être déparé de l’éducation corporelle puisque dans toutes ses formes, l’acte de sauver au péril de sa vie comporte une succession d’efforts réclamant une formation physique et sportive préparatoire. » Ce texte traduit bien la pensée du fondateur de la FFSS et ce qu’il fut : un athlète passionné depuis son plus jeune âge par le sauvetage.

 

Raymond Pitet

 

L'homme aux 36 sauvetages

Raymond Pitet voit le jour le 27 mars 1872 à Deauville dans le Calvados (14). L’enfant se rêve marin, mais sa mère ne veut pas en entendre parler. Pas question pour elle que son fils navigue alors que plusieurs membres de la famille ont péri en mer. L’enfant obéit tout en fréquentant les marins de navigation à voile. Et surtout s’entraîne à porter secours. Si bien que le 15 juillet 1883, Raymond, âgé de 11 ans, sauve quatre enfants de la noyade à Sainte-Adresse (76), station balnéaire située sur le littoral de la Manche. Premier sauvetage d’une longue série dont il paraît difficile de dresser une liste exhaustive, tant ils sont nombreux et s’opèrent dans des contextes différents. L’homme évite ainsi à maintes reprises des accidents de circulation en ville en parvenant à stopper des « chevaux fous ». Au péril de sa vie, il sauve à un an d’intervalle deux personnes : la première renversée par un tramway à Neuilly-sur-Seine le 18 juin 1905 ; la seconde dans la nuit du 2 décembre 1906. Sans l’intervention de son bienfaiteur, la victime aurait péri écrasée sur les voies en gare de Courcelles. Raymond Pitet ne s’arrête pas là. En 1910, Paris est sous les eaux, frappée par la crue centennale. Celui qui est alors chargé d’un service de sauvetage dans le 7e arrondissement sauve deux jeunes filles tombées à l’eau par 2,50 mètres de fond.


En septembre 1910 et 1914, il replonge... À Saint-Ouen et Chatou, il évite la noyade à deux jeunes hommes. Sauveteur en milieu urbain et aquatique - aussi à l’aise sur la pierre que dans l’eau - Raymond Pitet ne recule pas non plus face au feu. Il intervient ainsi à plusieurs reprises pour éteindre des incendies, comme ce 19 juillet 1928 à la salle de concerts Pleyel à Paris, où il parvient à sauver des personnes cernées par le feu, avant de participer avec les pompiers à l’extinction du sinistre... Mais qu’est-ce qui anime Raymond Pitet ? Qu’est-ce qui a amené ce sauveteur émérite, décoré de la Croix de la Légion d’honneur à 35 ans, à créer l’Association nationale des sociétés de natation et de sauvetage en 1899 ? 

 

De sauveteur à grand organisateur 

Au commencement, il y a un drame. En 1892, Raymond Pitet assiste au sinistre qui frappe le canot de sauvetage du Havre, sur la baie de la Seine : 11 sauveteurs périssent en même temps que l’équipage du bateau en détresse qu’ils étaient venus secourir. C’est décidé : Raymond ne sera pas seulement sauveteur. Les secours ? Il veut en devenir un grand organisateur pour éduquer, former et entraîner les sauveteurs. C’est pourquoi cette même année, il crée l’Union des nageurs de Normandie. Raymond Pitet vient de mettre la première pierre à son projet qui ne cessera dès lors de grandir... Mais il lui faut traverser les deux guerres mondiales. Soldat lors de la Grande guerre, il est cité dès les premiers mois de son incorporation à l’ordre de son régiment (le 74e d’infanterie) pour faits de sauvetage. Après l’armistice, Raymond Pitet retrouve son métier de professeur d’éducation physique. En 1925, sa réputation le précède : le gouvernement français fait appel à lui pour épauler le service de santé de l’armée. 

 

La FFSS en chiffres

  • 400 structures
  • 5 520 formateurs de sauvetage et secourisme
  • 1er organisme de formation en sauvetage
  • 59 000 diplômes établis tous les ans
  • 65 000 licenciés
  • 11 ligues régionales
  • 70 comités départementaux

 

1912 Démonstration de brancardage ASO à Clermont

 

1912 Poste de secours ASO à Pierrefonds

 

1913 Fête du devoir ASO à Attichy

 

Le Jury du Congrès de la F.I.S. à Trouville en 1929 autour de Raymont Pitet

 

1935 Fête du devoir ASO à Chantilly

 

1952 Fête du devoir à Compiègne