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Histoire #54 : Mixité, les femmes au secours des Hommes

La place des personnels féminins dans les unités de secours ne cesse de grandir. Elle n’en reste pas moins disparate selon les différents corps de métiers. Chez les sapeurs-pompiers, les femmes ont été officiellement intégrées en 1976. Pourtant, la première d’entre elles fut incorporée deux ans plus tôt...

Remise de casque

Texte de Yann Bellon

 

À jamais la première. Françoise Mabille ne fait pas grand cas de son engagement au service des autres. Pourtant, chez les sapeurs-pompiers, cette femme fait figure de pionnière. Elle fut en effet la première femme sapeur-pompier en France. Lorsqu'on lui demande ce qui l'a poussée à intégrer la caserne de son village de Barentin en Seine-Maritime (76), elle répond : « Je voulais être utile. J’avais passé mon brevet de secouriste en décembre 1973, et il me semblait que je ne pourrais pas mettre en pratique mes connaissances autrement qu’en étant sapeur-pompier volontaire. » 

 

 

 

Une promotion Françoise Mabille

Autour d’elle, son mari, ses frères et beaux-frères sont soldats du feu. Un avantage ? Pas vraiment. « Ils n’ont pas essayé de me dissuader, mais ne m’ont pas fait de cadeaux non plus. En revanche, un cousin m’a beaucoup soutenue dans mes démarches. Il m’avait dit : Tu ne recules pas, tu avances ! » Un conseil appliqué à la lettre tout au long de son parcours : 37 ans de service dont 17 en tant que sapeur-pompier professionnel ! Et si l’heure de la retraite a sonné en 2011, Françoise Mabille n’en reste pas moins active. Après avoir reçu la Légion d’honneur, la médaille de l’ordre national du Mérite et la médaille du département de Seine-Maritime, elle a fêté en octobre 2019 ses 45 ans d’engagement. À cette occasion, son nom a été attribué à la promotion des sapeurs-pompiers professionnels du Service départemental d’incendie et de secours des Landes (SDIS 40). « C’est une grande fierté car il s’agit d’une promotion exceptionnelle. » En effet, sur ses 12 élèves, la promotion - dont la formation s’est terminée le 29 novembre dernier - était composée à 40 % de femmes. Une volonté de mixité voire de parité, qui ne saurait masquer des chiffres modestes au niveau national. Selon la Fédération nationale des sapeurs-pompiers (FNSPF), les femmes composent aujourd’hui 16 % des effectifs civils. Un chiffre en progression mais un taux de féminisation qui reste encore inférieur à celui de la Police et de la Gendarmerie. De même, les femmes sont encore peu représentées parmi les officiers, notamment par rapport aux corps en uniforme (lire les chiffres clés ci-dessous). 

 

Discours de Françoise Mabille lors de la remise de la médaille de l'ordre national du Mérite.

 

Un plan de féminisation

Retour dans les années 70. En évoquant les difficultés rencontrées au contact de ses homologues masculins qui ne voyaient pas forcément d’un bon œil l’arrivée d’une femme dans leurs rangs, Françoise Mabille reste discrète et pudique. « On a bien tenté de me déstabiliser. Certains disaient par exemple qu’une femme ne pouvait pas monter à l’échelle, mais je n’y ai pas prêté attention. Il fallait un caractère fort, c’est sûr ! Et ma plus belle récompense était de voir dans les yeux de mon fils la fierté d’avoir sa maman pompier. » Pour preuve : ce même fils, plus tard, revêtira lui aussi l’uniforme. Une tenue que la gent féminine a pu endosser officiellement en 1976 avec la parution du décret n° 76-1007 du 25 octobre autorisant le recrutement de femmes dans les corps communaux de sapeurs-pompiers. « J’ai été en quelque sorte pendant deux ans hors-la-loi », relève avec humour Françoise Mabille. Pour autant, les fonctions de médecin et de pharmacien de sapeur-pompier avaient déjà été ouvertes aux femmes. Aujourd’hui, elles restent encore largement minoritaires parmi les soldats du feu et les témoignages décrivant leurs difficultés rencontrées au quotidien pour se faire accepter et respecter abondent. 

De fait, des dispositifs sont prévus pour encourager la mixité. Alors que la première mesure du plan d’action pour le volontariat 2019-2021 énonce l’objectif de favoriser l’accueil des effectifs féminins par l’adaptation des locaux, équipements et habillement, ainsi que le développement de pratiques de parrainage des nouvelles arrivantes, un plan annoncé à l’occasion du 40e anniversaire du décret de 1976, identifie différents axes de progrès :

  • Amélioration de l'accueil des personnels féminins, y compris au sein des sections de jeunes sapeurs-pompiers (JSP) ;
  • Adaptation des missions et de l'accessibilité aux spécialisations et au développement des compétences ;
  • Amélioration des « à-côtés » en vue d'une meilleure conciliation vie privée et activité avec par exemple la proposition des services de garde d'enfants.

Un enjeu de taille car ces dispositions doivent notamment contribuer à la sauvegarde du modèle français de Sécurité civile. Et qui prouve, comme le dit l'adage, que la femme est bien l'avenir de l'homme...

 

Chiffres clés

En 2018, il y avait 

  • Plus de 38 000 femmes sapeurs-pompiers en France.
  • Leur nombre chez les sapeurs-pompiers a augmenté de 5 % entre 2016 et 2017.
  • Elles représentent 16 % des effectifs civils et 4 % des sapeurs-pompiers militaires.
  • 50 % des effectifs du service de santé et de secours médical (SSSM) féminins.
  • 55 % des personnels administratifs et techniques spécialisés (PATS) féminins.

Grades

Bien qu'elles soient de plus en plus nombreuses à rejoindre les rangs des sapeurs-pompiers, les femmes sont encore peu représentées parmi les officiers, notamment par rapport aux autres corps en uniforme : en 2016, elles constituaient 24 % des effectifs de la Police nationale et 17,5 % de ceux de la Gendarmerie nationale.

  • Chez les sapeurs-pompiers professionnels (hors SSSM), les femmes représentent :
    • 34 % des sapeurs
    • 6 % des caporaux
    • 3 % des sous-officiers
    • 4 % des officiers
  • Chez les sapeurs-pompiers volontaires (hors SSSM), les femmes représentent :
    • 25 % des sapeurs
    • 15 % des caporaux
    • 8 % des sous-officiers
    • 7 % des officiers

Source : FNSPF, DGSCGC

 

"Il me semblait que je ne pourrais pas mettre en pratique mes connaissances autrement qu'en étant sapeur-pompiers."

 

 

 

En 2018, les femmes sapeurs-pompiers représentent 16 % des effectifs civils et 4 % des militaires.

© Nicolas Beaumont

 

© Nicolas Beaumont

 

© Nicolas Beaumont