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Histoire #57 : Ordre de Malte, un millénaire au service des autres sans distinction

Un dévouement de presque 1 000 ans au service des personnes les plus fragiles. C’est l’exploit qu’est parvenu à réaliser l’Ordre de Malte. Né au milieu du Moyen Âge, cet Ordre religieux et laïc, hospitalier et militaire, a propagé son œuvre en France et dans le monde.

L’Association de l’Ordre de Malte effectue de multiples missions de santé et de solidarité en France.
Crédit photo : Ordre de Malte France

Texte : Yann Bellon

Photos : Ordre de Malte France

 

Connaissez-vous l’Ordre souverain militaire et hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte ? Il s’agit du nom complet de l’Ordre de Malte qui n’est rien moins que la plus ancienne organisation internationale de secours et d’assistance. Une ONG avant l’heure !

 

Cette gravure illustre la période de la création de l'Ordre vers 1050.

 

Aux fondements de l'Ordre

Mentionné pour la première fois en 1048, l’Ordre de St-Jean de Jérusalem a pour objectif d’accueillir les hommes en situation de détresse (indigents, blessés, pèlerins) et de soigner les malades sans distinction de religion, d’origine ou d’âge. Cette communauté monastique a en charge la gestion d’un hôpital dans la ville sainte. L’établissement doit recueillir les pèlerins venus en terre sainte. Indépendant à partir du 15 février 1113 par décision du pape Pascal II, l’hôpital devient un ordre à la fois religieux et laïc, par la présence de laïcs dans ses instances dirigeantes.

 

Ces deux hôpitaux de l’Ordre étaient positionnés chacun des deux côtés du front. Des échanges de médicaments, de produits de soins entre autres, ont eu lieu entre les deux hôpitaux lorsque l'un des deux manquait et faisait appel à la solidarité maltaise.

 

À la pointe de l'épée...

À partir de 1137, la Fondation des hospitaliers de St-Jean ajoute à ses tâches religieuses et hospitalières, des fonctions militaires. « Ce n’est pas une armée qui a vocation à conquérir des territoires. C’est plutôt l’équivalent d’une force de gendarmerie dont l’objectif est de permettre aux pèlerins d’accéder à Jérusalem par des routes sécurisées », explique Alain de Tonquedec, vice-président et secrétaire général de l’association française des membres de l’Ordre de Malte. À cette occasion, l’Ordre adopte son emblème : une croix blanche à huit pointes. Un symbole qui subsiste encore aujourd’hui, près de 900 ans plus tard. En 1187, les armées chrétiennes sont balayées à Jérusalem par Saladin dont le but est d’unifier le Proche-Orient musulman. Le « chevalier de l’Islam » déclare que les Templiers et les Hospitaliers sont ses ennemis jurés. Il épargne pourtant les Hospitaliers survivants qui peuvent également garder leur hôpital pour soigner les blessés présents dans la ville. Il faut dire que l’établissement a accueilli tous les patients pendant la bataille, y compris les musulmans. Après leur défaite au siège de Saint-Jean d’Acre en 1291 qui représente la perte des dernières positions latines en Orient, les chevaliers chrétiens de l’Ordre conquièrent l’île de Rhodes en 1310. Mais en janvier 1523, ils doivent à nouveau capituler après six mois d’affrontements contre le calife Soliman Ier. Condamnés à l’exil, les Hospitaliers quittent la Méditerranée orientale pour trouver refuge en 1523 sur l’île de Malte, offerte par Charles Quint. Territoire qu’il leur faut défendre lors du siège par la flotte ottomane en mai 1565. Malgré des troupes supérieures en nombre, les Turcs disposant de plus de 160 vaisseaux et de 30 000 hommes échouent face aux Hospitaliers qui, avant l’arrivée décisive des renforts de la monarchie catholique espagnole, leur opposent 600 chevaliers et 1 500 soldats. Cette victoire précède le succès de la bataille navale de Lépante en 1571 et instaure une ère de paix dont l’Ordre profite pour revenir à ses fondamentaux : être au service des pauvres, des patients et faire avancer la science…

 

... et de la médecine

En 1574, l’Ordre de Malte bâtit l’Infirmerie Sacrée, considérée comme l’un des hôpitaux les plus modernes de son époque en Europe. Au fil des années, l’établissement s’agrandit. En plus d’une pharmacie capable de concevoir jusqu’à 400 médicaments différents, l’ensemble comprend 11 salles dont la plus grande peut accueillir jusqu’à 900 chevaliers en situation d’urgence. Les conditions dans lesquelles sont prodigués les soins sont exceptionnelles pour l’époque : chaque personne blessée ou malade dispose d’un lit individuel entouré de rideaux, de son propre gobelet et de sa propre assiette en argent afin d’éviter les contaminations. La Sacra Infermeria comprend également des salles de chirurgie et de médecine et des quartiers isolés pour les malades contagieux. Sous la férule des Hospitaliers, l’enseignement de la médecine se développe à La Valette avec en 1595, la création d’une école suivie en 1771 d’une université. Entretemps, une école d’anatomie et de chirurgie a vu le jour en 1676 au sein de l’Infirmerie Sacrée. Cette infrastructure offre la possibilité à l’Ordre d’assurer lui-même la formation de ses médecins, infirmiers, chirurgiens et pharmaciens. L’école enrichit encore son savoir-faire médical en 1794 avec la création d’une chaire de dissection. Mais à l’époque, l’Église catholique interdit ce type de pratique, s’opposant au principe de démembrement des corps. Pour contourner cet interdit, les chevaliers qui meurent à La Valette acceptent de faire don de leur corps pour qu’il puisse être autopsié. Au final, les installations hospitalières de l’Ordre sont à la pointe du progrès. On y pratique des premières chirurgicales : premières anesthésie, opération de la cataracte, cartographie du système sanguin…

 

Ce train-hôpital illustre la coopération entre la Croix-Rouge internationale et l’Ordre. Pendant la Première Guerre mondiale, l’Ordre de Malte a soigné plus de 800 000 blessés sur tous les fronts.

 

Longue vie à l'Ordre

Prolongement caritatif français de l’ordre souverain, les œuvres hospitalières françaises de l’Ordre de Malte voient le jour en 1927. Un an plus tard, l’association est reconnue d’utilité publique. Après avoir organisé sa première formation d’ambulanciers à La Seyne-sur-Mer (83) à l’école Tamaris en 1974, l’association s’engage dans la voie du secourisme en 1982. Disposant d’un agrément national, l’OMF est habilitée à effectuer toutes les missions de sécurité civile. En région parisienne, elle fait partie des associations qui renforcent les services d’urgence avec la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) et les SAMU. Et loin de se limiter à la seule plaque parisienne, l’OMF qui arme 15 centres médicaux sociaux et une trentaine d’unités départementales réparties sur la métropole a, lors de la crise du coronavirus, effectué maintes missions de santé, de solidarité et de secours. Ultime épisode qui illustre un engagement exceptionnel, autant par sa pluralité que par sa longévité…

 

Cet avion et cet hélicoptère étaient affrétés par l’association de l’Ordre en Allemagne qui héberge Malteser International, l’organisation internationale de secours d’urgence de l’Ordre de Malte.

 

Malte en quarantaine

Carrefour des échanges maritimes, l’île de Malte est frappée par une épidémie de peste en avril 1592. L’île ne dispose pas à cette époque de lazaret, un établissement destiné à isoler les personnes malades ou susceptibles d’être contaminées. La quarantaine s’impose ! Toute personne en contact avec des malades est condamnée à être confinée dans sa demeure et a interdiction d’en sortir. Les membres de l’Ordre assurent le ravitaillement en apportant eau et nourriture aux habitants par des ouvertures aménagées dans les fenêtres. L’épidémie prend fin en septembre 1593. Elle aura fait plus de 3 300 morts.

 

L’Association de l’Ordre de Malte effectue de multiples missions de santé et de solidarité en France.