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Les promesses de l'ancien ministre de l'Intérieur

Traditionnellement, le ministre de l'Intérieur prend la parole lors du Congrès national des sapeurs-pompiers de France (CNSPF). La 125e édition qui s'est déroulée à Bourg-en-Bresse (01) du 26 au 29 septembre n'a pas échappé à cette règle. Retour sur les propositions et promesses de l'ancien ministre de l'Intérieur.

Le CNSPF aura été l'un des derniers évènements auquel a participé le ministre de l'Intérieur
Crédit photo : DR

Ce fut l'une des dernières prises de parole du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, à l'occasion du CNSPF de Bourg-en-Bresse. L'allocution du ministre souligne que les feux de forêt de 2018 n'ont pas eu l'intensité de ceux de 2017 avant de rendre hommage aux pompiers civils et militaires décédés.

Mais je vous le dis ici, rien n’est plus difficile à vivre que les moments où on vous annonce qu’un sapeur-pompier est mort en intervention.

Jamais je n’oublierai les noms de ceux à qui j’ai rendu l’hommage solennel de la Nation.

Jamais je n’oublierai le sergent Robert Sandraz, sapeur-pompier en Savoie, emporté par une rivière en crue.

Jamais je n’oublierai le caporal Arnaud Dauchy et le sergent Jonathan Cottrez, sapeurs-pompiers dans le Pas-de-Calais, tués dans un feu d’habitation.

Jamais je n’oublierai le sergent-chef Jonathan Lassus-David, espoir de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, qui périt dans un feu de parking.

Et puis nous avons tous encore présent dans nos cœurs le souvenir du caporal Geoffroy Henry, poignardé à Villeneuve-Saint-Georges alors qu’il était là pour secourir.

Le sacrifice de ces hommes nous rappelle ce que la mission de sapeur-pompier comporte de prise de risques.

 

Des projets à long terme mais un court bilan

Le ministre profite de cette prise de parole pour dresser une forme de bilan de son action au ministère de l'Intérieur, une présence d'un an, quatre mois et quelques jours. Une durée bien courte considérant les mutations attendues par les sapeurs-pompiers français. Toutefois, l'ancien ministre assure les sapeurs-pompiers de son engagement et de sa mobilisation. Evoquant la directive européenne sur le temps de travail, il n'hésite pas à déclarer :

Mesdames et Messieurs, il nous faut donc – à moyen-long terme - assurer la pérennité du statut de sapeur-pompier volontaire, et je suis pleinement mobilisé sur le sujet.

Chacun pourra apprécier l'impact d'une telle "mobilisation". Toutefois, Gérard Collomb rappelle que certaines actions de son ministère se sont déroulées de manière conjointe avec celui de Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé. Il rappelle également que les promesses énoncées, un an auparavant, lors du 124e congrès ne sont pas oubliées :

Lors du congrès d’Ajaccio, j’avais pris des engagements forts.
Ils sont aujourd’hui en passe d’être tenus.

Là encore, le temps de la mise en place des projets n'est pas celui des mandats ministériels. Cependant, le ministre suggère que des réformes de fond sont engagées, des réformes pour pallier aux maux des sapeurs-pompiers français : engagement volontaire, surcharge opérationnelle, etc. Il insiste également sur la nécessité d'une collaboration avec le ministère de la Santé, en citant à nouveau son homologue et les premières actions communes.

Il y a le chantier du numéro d’appel. Et puis il y a l’action concrète sur le terrain.
Parce que j’ai pleinement conscience de l’urgence, j’ai échangé sur le sujet avec la ministre de la Santé la semaine dernière.
Sans préjuger de futures réformes structurelles et du déploiement, sur le quinquennat, du plan Santé, nous avons décidé ensemble de cinq mesures immédiates.

Un : la généralisation des coordinateurs ambulanciers au sein du SAMU parce que là où le système a été expérimenté, les progrès sont notables.
Deux : la mobilisation des Agences régionales de santé pour réduire le temps d’attente des sapeurs-pompiers dans les services d’accueil des urgences.
Trois : l’instauration d’organes de concertation obligatoires entre Agences régionales de santé, SDIS et SAMU au niveau départemental.
Quatre : l’information systématique des SDIS sur les réflexions en cours concernant l’évolution de la stratégie médicale et de la cartographie hospitalière.
Cinq : dès la remise du rapport IGA/IGAS que j’évoquais, la réécriture du référentiel SUAP/SAMU, avec l’objectif d’organiser mieux les conditions d’intervention des sapeurs-pompiers dans le cadre des carences ambulancières.

Au delà des "chantiers d'urgence", Gérard Collomb évoque deux thématiques de fond à faire avancer : l'engagement volontaire et les gestes qui sauvent. Là encore à grand renfort de promesses. On lit, pêle-mêle, que les minima d'aptitude physique des futurs sapeurs-pompiers pourraient être revus à la baisse, que les pompiers pourraient reporter et planifier des opérations non-urgentes ou encore que l'engagement d'un véhicule de secours et d'assistance aux victimes (VSAV) avec un équipage à trois n'est pas toujours nécessaire. On voit sans doute apparaître les prémices d'un modèle dans lequel le secours à victime et le sauvetage (lutte contre l'incendie, désincarcération...) deviennent des filières séparées, à l'instar du choix fait par de nombreux pays.

L'intégralité du discours est téléchargeable sur le site du ministère de l'Intérieur. Dans un communiqué de presse, en date du 29 septembre, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, indique que "les annonces formulées par le ministre de l’Intérieur ont globalement répondu aux attentes des sapeurs-pompiers de France, qui demeureront cependant attentifs à leur déclinaison et jugeront sur actes durant ce quinquennat."