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L'hôpital public dans le rouge

Paru en avril 2018, le livre "Hôpitaux en détresse, patients en danger" dresse un constat accablant de la situation de l'hôpital public en France. Chef du service radiologie de l'hôpital européen Georges Pompidou (HEGP), le Pr Philippe Halimi et le Pr Christian Marescaux, ancien chef de l’unité neuro-vasculaire des hôpitaux universitaires de Strasbourg, dénoncent un système maltraitant et à bout de souffle...

Un nouveau témoignage qui dénonce les dysfonctionnements au sein de l'hôpital public français
Crédit photo : (C) Flammarion

Les témoignages se multiplient. Et c’est un nouveau cri d’alarme qui se fait entendre à travers cet ouvrage qui dresse un constat accablant : l’hôpital public est à l’agonie. Les problèmes sont multiples : harcèlement des personnels, perte de sens de professionnels débordés, hausse des suicides sur les lieux de travail, restrictions budgétaires, dégradations de la prise en charge des patients… Selon le Pr Philippe Halimi, co-auteur de ce livre, cette situation de crise est multifactorielle mais trouve son origine dans la mise en place de la tarification à l’activité lancée en 2004, ainsi que dans la loi Bachelot de 2009. Cette loi « Hôpital, Patients, Santé et Territoires » (HPST) aurait instauré la toute puissance des directeurs d’établissements et de l’administration hospitalière, et imposé de fait un système déséquilibré où les professionnels de santé n’ont plus voix au chapitre.

 

Hôpitaux en détresse, patients en danger, Editions Flammarion, 292 pages. Prix : 19,90 €. 

 

"L’hôpital public est au bord de l’implosion"

Comment en est-on arrivé à la situation que vous décrivez ?

Mise en place à partir de 2004 dans le cadre du plan « Hôpital 2007 », la tarification à l’activité a entrainé une inflation des actes médicaux avec en corollaire de nombreux abus caractérisés par la réalisation de gestes et d’examens inutiles. La loi HPST de 2009, décrite par de nombreux professionnels comme une loi scélérate, a confirmé cette tendance : l’hôpital public est devenu une entreprise privée comme une autre, où l’objectif des directeurs d’établissements est de parvenir à la rentabilité. Et pour atteindre cet objectif, nous avons donné à l’administration un pouvoir démesuré.

 

Pour quelles conséquences ?

Les personnels médicaux, mais aussi administratifs, sont très durement impactés. Ils subissent un management vertical autoritaire qui peut aller jusqu’à entraîner des situations de harcèlement moral. Il y a actuellement plus de 500 dossiers de plainte soutenus par l’association Jean-Louis Mégnien, professeur cardiologue qui s’est suicidé en 2016 à l’HEGP après avoir subi de nombreuses pressions.

 

Quelles sont vos recommandations ?

Il faut que le pouvoir politique s’empare de ces questions pour mener une réforme en profondeur de l’hôpital public. Il ne faut plus attendre. Nous sommes arrivés à une situation comparable à celle rencontrée chez France Télécom il y a 10 ans. Le nombre de suicides recensés à l’hôpital ne cesse d’augmenter. Et, au final, les patients souffrent aussi de cette situation dégradée. De nombreuses études ont démontré que la morbidité des patients augmente lorsque l’hôpital public est en souffrance.