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Avenir du volontariat : entretien avec Eric Faure, président de la FNSPF

Dans le cadre de l’ambition affirmée le 6 octobre dernier par le président de la République, Emmanuel Macron, pour renforcer le modèle français de secours, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a installé le 4 décembre une mission nationale sur l’avenir du volontariat de sapeur-pompier. Eric Faure, président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, répond aux questions de Secours Mag.

Crédit photo : Sylvain Ley / Photo Eric Faure : (c) FNSPF

Qui compose cette mission nationale ?

La mission est constituée de quatre personnes : la sénatrice Catherine Troendlé, le député Fabien Matras, le président de la Conférence nationale des services d’incendie et de secours Olivier Richefou, et moi-même. Nous allons également nous entourer rapidement d’experts qualifiés dans différents domaines. A titre d’exemple, Pierre Brajeux, vice-président du MEDEF, a accepté très récemment d’en faire partie.

 

En quoi l’installation de cette mission de réflexion sur l’avenir du volontariat peut-elle faire évoluer aujourd’hui ce dossier que vous défendez depuis de si longues années ?

Cette mission de réflexion s’inscrit dans son temps. En effet, les travaux ont commencé au début des années 2000, puis particulièrement en 2009 avec la mise en place de la commission Ambition volontariat, dont Luc Ferry était le président à l’époque. Ces travaux ont posé un socle qui a eu des répercussions sur 4 ans puisque la loi Morel-A-l’Huissier de 2011 (loi relative à l'engagement des sapeurs-pompiers volontaires et son cadre juridique, ndlr) et l’engagement de 2013 de Chambéry (plan d’actions pour les sapeurs-pompiers volontaires de François Hollande) en découlent. Aujourd’hui, nous appelons à une nouvelle réflexion, car le monde a changé. Nous constatons une évolution institutionnelle forte dans nos territoires, leur géographie bouge très rapidement, le risque évolue – il n’y a qu’à voir l’impact des actes terroristes ou des catastrophes naturelles – mais aussi les besoins qui mobilisent à certains endroits encore plus les sapeurs-pompiers, notamment en terme d’assistance à la population. Enfin, la sociologie de notre jeunesse est elle aussi en pleine évolution. Il était nécessaire de prendre en compte tous ces mouvements, qui sont beaucoup plus rapides que par le passé.

 

Quelle sera votre méthode, quels seront vos axes de réflexion pour développer le volontariat ?

Il est nécessaire de faire émerger de nouvelles réponses et de proposer de nouvelles adaptations liées aux besoins d’aujourd’hui. Arrêtons de demander des choses dont on sait qu’elles ne sont plus réalistes ! Pour cela, nous devons arriver à toucher des gens qui ignorent encore ce qu’est le volontariat ou n’ont pas les possibilités de le prendre en compte. Et là, il y a un très gros chantier à mener, notamment au niveau des entreprises. On ne peut plus se contenter d’appeler simplement une entreprise à la citoyenneté, car elles font face à des contraintes financières et commerciales importantes et sont pour beaucoup engagées dans un contexte international. Puisque l’on considère que le volontariat est nécessaire pour maintenir un rapport coût-efficacité exceptionnel de notre système de secours d’urgence, et bien il faut être en capacité d’apporter aux entreprises un appui pour maintenir cela. Il faut donc se poser clairement la question des aides ou des facilités dont elles pourraient bénéficier si elles acceptent d’entrer dans le cadre de l’intérêt général.

 

Le visage du volontariat, et notamment du pompier polyvalent, doit-il être remis en question ?

Je ne m’interdis rien tant qu’il s’agit de maintenir l’efficience de notre système de secours. Nous avons des enjeux de diversité de recrutement, on le sait. Il faut se poser des questions en ce sens et y apporter des réponses. Accueillir plus de femmes dans nos rangs est par exemple un combat à mener.