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Portrait #41 : Dr Matthieu Coudreuse, médecin du coup de feu

Médecin urgentiste depuis 11 ans à Bayonne (64), Matthieu Coudreuse a fait partie du contingent de la réserve sanitaire Santé publique France mobilisée dès le 6 septembre suite au passage de l’ouragan Irma dans l’archipel des Antilles. Pour Secours Mag, il revient sur une semaine de mission qui aura été riche en expérience et en émotions.


Texte : Yann Bellon

L’urgence pour moi c’est la quintessence de la médecine ! Il faut être touche-à-tout et savoir s’adapter en permanence. » Le ton est donné. Diplômé en médecine de catastrophe, Matthieu Coudreuse a déjà effectué des OPEX lorsqu’il s’engage en 2015 au sein de la réserve sanitaire Santé publique France. Le 6 septembre, il est 10h du matin lorsqu’il reçoit un appel. Un départ imminent est prévu pour une mission d’une semaine aux Antilles. Au même moment, Irma frappe l’archipel. Le médecin dispose d’une demi-heure pour donner son aval, et… trouver des volontaires pour le remplacer sur cinq gardes. Heureusement, son service se mobilise pour qu’il puisse partir. A 16h, il est dans l’avion pour rallier Paris. Le vol vers Pointe-à-Pitre s’effectue lui en soirée. Une heure avant l’embarquement, un briefing a lieu en présence du référent de la mission. « L’incertitude domine quant aux dégâts humains et matériels. Notre mission ? Faire du renforcement de ressources humaines sur l’hôpital de Saint-Martin. » Sur place, une mission d’évaluation est d’abord organisée pour repérer où les équipes médicales pourront se positionner. Le feu vert est donné : Matthieu Coudreuse est déployé sur l’hôpital de Saint-Martin. A son arrivée, le médecin réalise l’ampleur des dégâts. « Ce que nous avions aperçu à la télévision est en deçà de la réalité. En parcourant les rues, on a l’impression qu’une bombe a dévasté l’île. » L’hôpital est du reste très endommagé. « Il y a un groupe électrogène mais pas d’eau courante. Et les personnels sont épuisés. » Les membres de la réserve s’intègrent directement aux équipes médicales. L’afflux de patients est limité car la population attend l’ouragan José qui passera finalement le 9 septembre au nord de l’île, sans causer de dommages supplémentaires. L’afflux de victimes monte crescendo dès le lendemain. « L’hôpital est la seule structure médicale encore debout. De fait, la population vient pour tous types de besoins. » L’hôpital accueillera entre 250 à 280 patients par jour. Une gageure quand on sait que la structure n’est pas conçue pour faire face à une telle convergence en temps normal, et qu’elle fonctionne en plus en conditions dégradées.

 A l'aéroport

Par la suite, le Dr Coudreuse est affecté au centre sanitaire installé à proximité de l’aéroport de Saint-Martin où s’organise le pont aérien destiné à l’évacuation des blessés et impliqués. « Je traite des patients, réalise le triage, et procède à l’évacuation avec le concours de l’armée et de la cellule de crise du SAMU basée à Pointe-à-Pitre qui est tenue informée des départs de patients en vue de leur réception. » Après trois jours de labeur très intensifs, Matthieu Coudreuse est relevé. « Les renforts arrivent au bon moment car nous ne sommes plus en situation de primo-urgence. Les moyens sur place sont plus importants, avec notamment l’arrivée d’ONG. Et pour moi qui suis un médecin du début, du coup de feu, ce temps là est passé, et un nouveau regard est nécessaire. La mission du médecin se termine le 13 septembre. Le lendemain, il rallie Paris. « Le débrief aura été un temps important de transmission pour savoir ce que chacun avait accompli. » Le 15, il reprend son poste à Bayonne. Les nuits suivantes, il rêve d’avions et d’évacuations. Il lui faudra quelques nuits pour que l’esprit retrouve le repos. A l’heure d’évoquer la suite, l’urgentiste rend hommage à ses compagnons de la réserve. « J’ai été engagé avec des binômes impressionnants. Il y avait une synergie incroyable entre nous. Et je sais qu’ensemble, nous pourrons repartir demain sur n’importe quelle mission. »

 

 

 

 

 

 

 

   " L’urgence pour moi c’est la quintessence de la médecine "

 

 

 

 

 

 

 

Quelques dates

  • 2002 : résidant de médecine générale

  • 2006 : médecin urgentiste au service urgences SAMU-SMUR de Bayonne

  • 2010 : praticien hospitalier titulaire en médecine d’urgence

  • 2015 : médecin de la réponse sanitaire Santé publique France (EPRUS)

Un autre regard

Un souvenir marquant ?
L’évacuation héliportée d’une maman et de son enfant

Un autre métier ?
Commandant de la marine marchande

Une maxime ?
Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront. René Char