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Agressions : le SDIS 56 organise sa parade

Le Service départemental d'incendie et de secours du Morbihan (SDIS 56) a mis en place en début d'année une nouvelle formation. Objectif : permettre aux sapeurs-pompiers de désamorcer des situations de tension afin d'éviter violences et agressions.

La formation enseigne des gestes de maitrise simples
Crédit photo : (C) SDIS 56

De plus en plus de sapeurs-pompiers déclarent être victimes de violences. Ainsi en 2017, il y a eu 2 813 déclarations d'agressions selon l'Observatoire national de la délinquance et de la réponse pénale (OBDRP). De fait, les SDIS s'organisent pour apporter une réponse optimale aux intervenants qui se trouveraient confrontés à pareilles situations. Ainsi, le SDIS du Morbihan a réalisé en ce début d'année ses premières formations pour "faire face aux agressions et violences". Trois sessions ont été organisées dans le département en janvier, février et mars. Pour l'heure, 32 sapeurs-pompiers ont été formés, dont des chefs de groupe et des sapeurs-pompiers professionnels. Chaque session se déroule sur deux jours. 

 

S'appuyer sur les expériences passées 

Pour élaborer la formation, le SDIS du Morbihan a pu s'appuyer sur les expériences des SDIS du Gard (30) et des Bouches-du-Rhône (13) qui ont déja mis en place une formation similaire. "Nous avons également pu compter sur l'expertise d'un de nos anciens sapeur-pompier professionnel qui intervient aujourd'hui en tant que formateur dans la police municipale, et qui a notamment organisé des formations pour prévenir les situations de tensions ou de violence en milieu hospitalier. Il a ainsi participé à la mise en oeuvre du programme de formation d'autant plus qu'il connaît parfaitement le langage sapeur-pompier ", explique le lieutenant Jean-Marc Pedron, organisateur de la formation, secondé dans cette mission par le sergent chef Yann Le Bihan et le caporal chef Matthieu Marteil.

 

Entre prévention, action et post intervention

Quels sont les apprentissages dispensés lors de la formation ? "Il y a tout un volet sur l'approche des personnes agressives et menaçantes et l'attitude à adopter dans de telles situations. Comment se positionner par rapport à un individu agressif ou violent. Comment "désarmer" une situation de tension. Comment engager les échanges par la négociation. Comment réagir face à un feu volontaire de poubelle ou de voiture. Comment réagir lorsqu'une personne vous menace avec une arme par destination, comme un objet de la vie quotidienne : boucle de ceinture, casquette plombée, etc. Hormis le savoir-être, il y a également tout un savoir-faire qui est abordé, avec notamment des gestes de maitrise très simples. Attention néanmoins, ces gestes ne constituent pas des techniques de self-defense." 

Outre la coopération avec les forces de l'ordre, la formation aborde également le cadre légal et la réglementation. "Ce volet est bien sûr essentiel. Nos intervenants doivent savoir quels sont leurs droits lorsqu'ils sont victimes de violence. Il est important par exemple de connaître le cadre juridique de la légitime défense et la réponse adéquate qui peut être apportée face à une situation d'agression. L'objectif notamment est qu'un sapeur-pompier victime ne devienne pas à son tour agresseur. Il faut aussi savoir quels sont les recours possibles : comment signaler une agression et faire remonter l'information, à qui s'adresser, comment déposer plainte, etc."

Quels sont les premiers retours des personnes formées ? "Ils sont très bons. Il y a une vraie demande de nos intervenants car les besoins sont évidents. Dernièrement, un de nos sapeurs-pompiers professionnels a dû faire face à un contexte de tension. Et grâce à la formation suivie quelques jours auparavant, il a réussi à désamorcer la situation."

On peut néanmoins s'interroger sur cette conjoncture d'ensemble qui impose aujourd'hui aux sapeurs-pompiers de devoir se former pour assurer en partie leur propre sécurité. Un nouveau paradigme qui s'appuiera sur l'utilisation de caméras portatives. Un groupe de travail a d'ores et déjà été mis en place en ce sens afin d'établir une doctrine d’emploi qui devrait voir le jour à la fin de l'année 2019.