SecoursMag 51

Éco-système

 

Ne voyez-vous pas cette lame de fond qui approche ? En observant cet océan de colère, n’importe quel marin – habitué ou non aux navigations en eau trouble – conseillerait de ne pas rester sourd aux manifestations de la tempête qui s’annonce et de prendre les mesures qui s’imposent. Faisons les comptes.

Les urgences hospitalières connaissent un mouvement de grève sans précédent depuis le mois d’avril. Et pour cause, la sollicitation de ces services publics, ultime rempart contre la détresse humaine, est exponentielle. Les personnels sont épuisés, mais surtout écoeurés de ne pouvoir maintenir la qualité de soins qui constitue le socle de leur engagement. En face, on tente de colmater les brèches à coup de réquisition policière et de primes exceptionnelles tout en promettant un nouveau diagnostic pour l’automne. Mais l’embarcation prend l’eau. Le manque de moyens est naturellement pointé du doigt et, à en croire les organisations professionnelles, une meilleure régulation médicale constituerait LA solution miracle.

Malgré des divergences, les sapeurs-pompiers sont dans le même bateau. Ils annoncent une grève massive a minima jusqu’au 31 août. Depuis la promulgation de l’article 80 en 2018, les ambulanciers multiplient de leur côté les actions coup de poing, considérant que leur profession est menacée. Aucun doute sur la transformation en cours : le transport sanitaire se redessine. L’arrivée des grands groupes bouleverse le paysage auparavant essentiellement constitué d’entreprises familiales. Un modèle semble-t-il à la dérive… Suite au terrible accident des Sables-d’Olonne qui a coûté la vie à trois sauveteurs de la SNSM, l’émotion a été forte. Une proposition de loi pour systématiser la contribution des plaisanciers est déjà sur la table. Comme un passage obligé, le gouvernement s’est engagé à réfléchir « à la permanence du modèle du sauvetage en mer » qui repose sur le bénévolat et les dons. L’écueil serait néanmoins de se limiter au seul champ du sauvetage en mer. Il faut élargir l’investigation au mouvement bénévole dans son ensemble. Car, les responsables des associations agréées de sécurité civile (AASC) naviguent en eaux troubles et, plongés dans un épais brouillard, s’apprêtent à actionner la corne de brume ! La visibilité est mauvaise : deux ans tout au plus, assure-t-on dans les coulisses.

Le chantier du secourisme à l’école (lire notre dossier pages 22 à 30) qui avance à son rythme, certes, mais qui avance, n’y est pas tout à fait étranger. Si cette évolution est à saluer, elle a un corollaire : celui de priver les AASC d’une manne financière non négligeable. On le voit, le secours et les soins d’urgence constituent un écosystème fragile actuellement traversé par de véritables lames de fond. Une certitude : tous les acteurs partagent le même environnement et sont liés les uns aux autres. La vigilance est de mise afin que notre écosystème, ne se transforme pas - s’il ne l’est pas déjà… - en éco-système.

                                                                                                                                           Nicolas Lefebvre